Genèse 22, 1-19

Le sacrifice d’Isaac

Saint Jean Chrysostome

Homélie 47 sur la Genèse, OC 8, p. 71s

        Toute  la promesse de Dieu tendait à ce qu’un grand peuple naisse d’Isaac. Abraham vivait de cette espérance. Mais celui qui connaît les secrets des cœurs voulut nous révéler la vertu de ce juste et le grand amour qu’il portait à son Seigneur. Isaac était dans la fleur de l’adolescence ; l’amour paternel ne faisait que croître. C’est alors que Dieu éprouva Abraham. Il l’appela : Abraham ! Abraham ! Pourquoi deux fois ? Pour annoncer quelque chose de grand. Abraham répondit : Me voici. Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes, et va dans le haut pays, offre-le en holocauste sur la montagne que je te montrerai. Vois combien chaque mot allume un plus grand feu, excite plus véhémentement la fournaise de l’amour que ce juste avait pour son fils. On se demande comment Abraham a pu supporter d’entendre cela ; devant cet ordre stupéfiant, il ne raisonne pas. Il n’objecte pas : Comment alors s’accompliront les promesses ? Comme un serviteur qui doit tout à son maître, il tourna le dos à tout motif humain, ne voyant qu’une chose : réaliser par l’acte l’ordre reçu. Et comme s’il était devenu étranger à la nature humaine, soumettant toutes ses affections au commandement divin, il se hâta d’obéir.

        Abraham dit aux serviteurs : Attendez ici. L’enfant et moi nous irons jusque là-bas, et après avoir adoré, nous reviendrons vers vous. Il ignorait que ses paroles se réaliseraient en vérité ; il prophétisa sans le savoir. Ils allaient tous deux ensemble : quel regard jetait-il sur l’enfant chargé du bois de son immolation ? Comment lui-même put-il porter le feu et le glaive ? Un autre feu, intérieur celui-là, enflammait son esprit, consumait ses réactions humaines. Que faut-il admirer le plus ? La force d’âme du patriarche ou l’obéissance de l’enfant ? Il se coucha sur l’autel, comme un agneau, attendant le coup. Vraiment l’âme paternelle consomma le sacrifice. Mais Dieu ne voulait pas la mort de l’enfant ; il accepta ce sacrifice consommé dans l’esprit, couronna la volonté du juste, et fit connaître sa bénignité : Abraham ! Abraham ! Là encore, il fallait le dire deux fois pour arrêter le bras du père.

        Tout cela était figure de la croix. Aussi le Christ dit-il aux Juifs : Abraham votre père a exulté en pensant qu’il verrait mon jour : il l’a vu et il a été comblé de joie. Comment l’a-t-il vu si longtemps à l’avance ? En figure, en ombre. Car, de même qu’un bélier fut immolé pour Isaac, ainsi l’Agneau spirituel fut immolé pour le monde. Il fallait que la vérité fût d’avance écrite et signifiée par l’ombre. De part et d’autre, un fils unique, de part et d’autre, un bien-aimé. L’un est offert en holocauste par son père, l’autre est livré par son Père. Il n’a pas épargné son propre Fils, il l’a livré pour nous tous.