Matthieu 10, 17-22

« Si tu crains la mort, aime la vie »

Saint Augustin

Sermon 161, 5-7, OC 17, p. 510s

 

Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, sans pouvoir tuer l’âme. Tu veux que je courre pour te sauver la vie. Mais voilà celui que tu redoutes, celui dont les menaces te font pâlir, il ne peut tuer ton âme, sa fureur s’arrête à ton corps, c’est à toi d’épargner ton âme. Lui ne peut la tuer, tu le peux, toi. Tu le peux, non avec une lance, mais avec ta langue. Ton ennemi, en te frappant, met fin à cette vie ; mais la bouche, en montant, donne la mort à l’âme. Il faudrait donc que la vue de ce que l’on craint dans le temps élevât la pensée à ce que l’on doit réellement craindre. On craint la prison, et l’on ne craint point la géhenne ? On craint les bourreaux de la torture, et on ne craint point les anges de l’enfer ? On craint un châtiment temporel, et on ne craint point les supplices du feu éternel ? On craint enfin de mourir momentanément, et on ne craint point de mourir éternellement ?

L’âme est la vie du corps, et Dieu est la vie de l’âme. L’Esprit de Dieu habite dans notre âme, et par notre âme dans notre corps, lequel devient ainsi le temple de l’Esprit-Saint que Dieu nous a donné. Cet Esprit est effectivement descendu dans notre âme ; la charité divine ayant été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit que nous avons reçu et le tout dépendant de qui occupe la partie maîtresse. En toi, effectivement, cette partie maîtresse est la nature la plus noble ; d’où il suit que Dieu occupant cette nature, laquelle est ton cœur, ton intelligence, ton âme, il possède aussi par elle la nature qui lui est subordonnée, c’est-à-dire ton corps.

Si tu crains la mort, aime la vie. Or, ta vie est Dieu même, ta vie est le Christ, ta vie est l’Esprit-Saint. Ce n’est pas en faisant mal que tu lui plais. Il ne veut pas d’un temple en ruines, il n’entre point dans un temple souillé. Ah ! Gémis devant lui pour obtenir qu’il purifie son sanctuaire ; gémis devant lui pour qu’il rebâtisse son temple, pour qu’il relève ce que tu as abattu, pour qu’il répare ce que tu as détruit, pour qu’il refasse ce que tu as défait. Crie vers Dieu, crie dans ton cœur, c’est là qu’il entend ; car si tu pèches où plonge son regard, tu dois crier où il a l’oreille ouverte.