HOMÉLIE

2° Dimanche de Carême (B)

 

C’est par un signe de croix que nous avons commencé la célébration de l’Eucharistie de ce deuxième dimanche de Carême … geste familier, peut-être routinier. Il est vrai que la croix, le crucifix font encore partie de notre culture et de notre patrimoine. La laïcité « à la française » n’exclut pas les signes religieux. Imaginerait-on bientôt une loi qui obligerait à supprimer toutes les croix, tous les calvaires qui balisent nos campagnes comme il en va aujourd’hui, dans certains pays, de l’élimination des statues de certains dictateurs et autres esclavagistes ?

Si donc la croix fait partie de notre culture, mettons-nous à la place des diciples, ces hommes fidèles et pieux, juifs qui attendaient le salut de Dieu et la libération d’Israël, qui entendent parler, pour la première fois, de crucifixion, de rejet par le peuple mais aussi de résurrection. Les premiers disciples qui suivent Jésus depuis quelques temps sur les routes de Galilée et de Judée, ont donné une réponse positive à un appel. Leur adhésion à l’enseignement du Maître était facilitée par les nombreux signes accomplis, notamment les miracles mais aussi par l’audience grandissante dans le peuple. Or, Jésus met leur foi à l’épreuve en leur annonçant des évènements qui n’avaient rien de  réjouissant : annonces de la Passion avec des mots précis : souffrance, rejet, mort, résurrection.

En chemin vers Pâques, laissons-nous aujourd’hui enseigner par Jésus qui ne veut pas cacher la vérité à ses disciples. Contempler la Transfiguration du Christ peut nous aider à accueillir, à comprendre, dans nos vies, la part inévitable de souffrance, de rejet, de mort et de résurrection.

Un mot relie les trois lectures entendues, celui de « passion » : passion d’Abraham appelé à sacrifier son fils, passion de Jésus annoncée dans le récit de la Transfiguration, passion de Dieu Père qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous. (Ro 8, 39)

Passion, le mot aujourd’hui encore est ambivalent : entre « j’aime à la passion » et « souffrir la passion » le même mot revêt un sens différent sinon opposé.

            Passion d’Abraham, le mot n’est pas déplacé : avec quel courage notre père dans la foi a-t’il du consentir à la demande de son Dieu d’immoler le fils de la promesse. La lecture croyante du récit donne à comprendre que la foi d’Abraham est bien celle d’un « passionné » de Dieu.

            Passion de Dieu lui-même qui nous livre son Fils. Dieu passionné d’amour pour sa création qu’il veut sauver. Au sens actif, passion implique de vouloir, de choisir avec détermination le bien, le plus aimant.

            Passion de Jésus : nous la célèbrerons le Vendredi Saint, étape incontournable du « mystère pascal ». La passion du Fils est l’expression de ce qu’il y a dans le cœur de Dieu. Toute la vie de Jésus atteste qu’il est passionné d’amour pour son Père et pour tous ses frères humains.

Encore au début de notre marche vers Pâques, la consigne de la fin du récit de la Transfiguration est double : regarder et écouter.

Dans le monde saturé d’images de toute sorte dans lequel nous vivons, saurons-nous encore regarder, contempler, nous émerveiller du visage de Jésus. Il est « visage de la miséricorde du Père ». L’oraison nous a fait demander d’avoir « le regard assez pur pour discerner la gloire de Dieu ». Pas de doute, le temps du Carême est temps favorable pour purifier notre regard.

Ecouter ! Là encore, au milieu de toutes les nouvelles, les bonnes et les vraies mais aussi les mauvaises et les fausses, quelle place pour l’écoute de la Bonne Nouvelle, l’Evangile du salut ?

Le numéro de mars de la Revue Panorama donne la parole à une femme dont le métier est d’accompagner des formations et de coacher des personnes en responsabilité; son propos est simple et il nous concerne : « écouter, c’est passer de l’oreille au coeur ». Dieu ne nous dit pas autre chose à propos de Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! (Mc 9, 7)

Fr. Joël

 

La lettre de la paix pour ce mois de février 2021.

fr. Joël et l’équipe de rédaction
 

 

A vous tous qui cherchez la paix en ce mois de février 2021

Le prix Nobel de la paix a-t-il vraiment un sens ?

Le prix Nobel de la Paix a été créé le 29 juin 1900 à la demande d’Alfred Nobel, riche industriel suédois qui avait honte d’avoir inventé la dynamite ! Avant son décès, le 10 décembre 1896, il a demandé que soit créé ce prix en le finançant avec l’argent gagné grâce à la dynamite et décida que le prix Nobel serait décerné « à ceux qui au cours de l’année écoulée auront rendu à l’humanité les plus grands services » par un comité de cinq membres qui ne sont pas des personnalités indépendantes mais presque toutes d’anciens hommes et femmes politiques nommées par le parlement.

Dans les faits, les récipiendaires correspondent rarement à cette description Le premier fut décerné en 1901.

L’histoire du prix Nobel est entachée de lauréats polémiques, de revirements honteux et de décisions incompréhensibles. La figure d’Aung San Suu Kyi en est un exemple récent.

En fait, personne ne sait réellement quels sont les critères actuels d’attribution du prix Nobel de la Paix. « C’est normal, tout se déroule dans le plus grand secret depuis la remise du premier Nobel en 1901 », confirme l’avocate norvégienne Unni Turrettini (cf sources). L’année précédant la cérémonie, les noms proposés sont transmis aux cinq membres du comité Nobel par des personnes habilitées (des parlementaires, des professeurs et d’anciens Prix Nobel de la paix). Les heureux(ses) lauréats ont souvent été choisis pour servir des intérêts politiques.

Mais il existe aussi, dans l’histoire contemporaine, des personnalités hors du commun qui ne seront jamais récompensées. Gandhi, par exemple, a été sélectionné plusieurs fois mais ne l’a jamais reçu. Le comité regrette aujourd’hui que Gandhi devenu une icône de la non-violence et du pacifisme n’ait pas été primé (il s‘opposait á l’Angleterre qui était un allié très important de la Norvège…)

Le comité a parfois fait des choix courageux qui ont même mis l’État norvégien dans une position difficile. Le premier d’entre eux fut Carl von Ossietzky, un journaliste allemand engagé dans la lutte contre le nazisme, primé en 1936 (au titre de l’année 1935) alors même que la Norvège avait opté pour la neutralité face au régime hitlérien.

La plupart des lauréats du prix connaîtront une même destinée. Une fois distinguée, la personnalité va devenir une sorte de saint laïc. Une particularité qui s’explique en partie par le charisme de son fondateur, Alfred Nobel « Dès sa naissance, le prix Nobel a eu une portée mondiale ! »

Le Programme alimentaire mondial (PAM), prix Nobel de la paix 2020, pour l’amélioration des conditions de paix dans les zones de conflit, a été récompensé pour avoir agi comme force motrice des efforts pour empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre et de conflit : alors que près de 9 % de la population mondiale ne mange pas à sa faim, le PAM, prix Nobel de la paix, redonne une visibilité à ce drame, encore aggravé par la pandémie de la Covid-19.

Prions … Seigneur, fais que le prix Nobel, destiné à récompenser des personnes ou organismes ayant œuvré pour la promotion des droits de l’homme, soit décerné avec discernement et ne serve pas des intérêts politiques, nous t’en prions. Amen !

La Vie « Le prix Nobel de la paix a-t-il vraiment un sens ? » 10.12.2020,

France Culture « Prix Nobel de la paix : ceux qui ont déçu » 11/10/2019 

Unni Turrettini qui vient de publier Betraying the Nobel : The Secrets and Corruption Behind the Nobel Peace Prize (« La trahison du Nobel. Secrets et corruption dans les coulisses du prix Nobel de la paix »)