Homélie

24ième Dimanche B

Entendre la parole de Dieu, c’est toujours une nouveauté, alors que cette parole nous redit et même répète toujours un même mystère d’amour ; toutefois avec un accent différent chaque fois que nous écoutons les Textes. Peut-être que nos cœurs sont disposés autrement, ou que nous vivons tel ou tel événement qui marque notre vie, ou bien parce que notre attention nous fait mieux écouter tel mot ou telle phrase, alors, ça résonne différemment en nous. Aujourd’hui, il s’agit d’un constat et d’un appel à la foi (f o i …)

Car l’évangile de ce jour nous rapporte un épisode central de la vie de Jésus, qui est la déclaration de foi de l’apôtre Pierre à Césarée de Philippe avec des prolongations qui nous sont familières sans pour autant être faciles à accueillir ou accepter. Mais il faut d’abord nous aviser que cet épisode se situe à la moitié de l’évangile de saint Marc (et même largement dans la deuxième moitié de l’évangile de Matthieu). Ça veut simplement dire qu’on ne peut rien comprendre à ce que nous avons entendu si on ne fait pas au préalable le parcours avec Jésus, décrit dans la première moitié de l’évangile, sinon, c’est le court-circuit et ça restera forcément bancal. Or, faire le parcours avec Jésus, c’est le suivre pas à pas depuis son baptême, l’appel des premiers disciples, les guérisons, l’enseignement des paraboles du Royaume, toutes choses qui faisaient que Jésus était perçu comme quelqu’un qui passait en ce monde en faisant le bien. Et c’est pour l’avoir longuement observé, accompagné, suivi, vu comment il fonctionne, ce qui lui arrive, comment il s’en sort, après tout ce temps de familiarité, voire d’amitié, qu’on peut se placer maintenant, comme les disciples, pour entendre la question « Et vous, que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » c’est une question de confiance qui nous oblige à nous situer en vérité, avec ce qu’on est, avec ce qu’on pense, avec ce qu’on espère. La question, qui vient donc après un long temps de familiarité, appelle une réponse mais une réponse d’amour. Pierre répond : « Tu es le Christ !» c’est-à-dire « tu es Dieu parmi nous ! » une réponse incroyable. Même si elle est vraie, encore faut-il être à niveau avec cette réponse. Et manifestement, Pierre n’y est pas. Car accepter de nommer quelqu’un qu’on aime, en l’occurrence Jésus, comme étant la figure de ce que je crois être Dieu, encore faut-il accepter que l’image qu’est ce Dieu que je proclame, n’est pas celui que je crois ou que j’imagine. Dieu est tout-autre, il est au-delà de mes imaginations, ou de mes connaissances. Et le tout-autre dit alors, « je dois souffrir beaucoup de la méchanceté des hommes et mourir sur une croix », c’est-à-dire, de la manière la plus scandaleuse, par un châtiment de l’époque réservé aux esclaves révoltés. Pierre n’accepte pas ça, tel qu’il est, il ne peut pas l’accepter ; pourtant, les Ecritures avaient annoncé la venue du serviteur souffrant mais était-il prêt, comme nous pouvons le faire, à le reconnaitre dans le livre d’Isaïe le prophète ? Être avec Jésus, se prononcer à son sujet, suppose de prendre son chemin de joie et son chemin de croix. Non pas que la croix ne soit qu’un instrument odieux du supplice, mais la croix, est symboliquement une manière de vivre, en renonçant à soi-même, comme Jésus, en renonçant à la vaine gloire, comme Jésus, en renonçant à être maître de son destin, comme Jésus, en renonçant à s’imposer aux autres, comme Jésus, en renonçant même à se vouloir utile à la société, ou à la communauté, comme Jésus, en renonçant même à faire bonne figure, pourvu que tout cela soit vécu avec amour, et par amour. Alors, le chemin de croix devient pour chacun, un chemin de joie, de partage, d’amour, dès aujourd’hui et pour toujours.

C’est la foi qui nous met sur ce chemin de renoncement à la suite de Jésus. Encore faut-il que ce ne soit pas théorique ! il existe beaucoup de gens théoriquement croyants, mais pratiquement, on attend encore de voir… Et c’est opportunément saint Jacques qui nous le rappelait vertement : la foi sans les œuvres, est une foi morte. Oser dire « je crois » et ne pas secourir concrètement le frère qui est dans le besoin, est une supercherie.

Au contraire, entrer dans le chemin de Jésus me fera le reconnaitre en tout homme souffrant, et mon cœur sera déchiré jusqu’à agir concrètement pour le salut de mon frère, lui, ce semblable en qui je reconnais Jésus mais également ma propre personne qui par la foi en la croix qui sauve, pourra ainsi à chaque instant, passer de la mort à la vie.

Fr. Jean Michel

A tous ceux qui cherchent la paix

intention de prière pour ce mois de Septembre 2021

bâtir une culture de la paix, le défi des responsables politiques

 

L’ancien Premier ministre français, président de la Fondation « Leaders pour la Paix », a répondu à Radio Vatican après l’audience du 3 septembre  2021 accordée par le Pape François à cette organisation rassemblant des responsables politiques et institutionnels engagés dans l’éducation à la paix et à la fraternité.

« Leaders pour la Paix« , en fait, c’est une coopérative de leaders. Nous sommes neuf anciens Premiers ministres, huit anciens ministres des Affaires étrangères, des diplomates, des professeurs, des entrepreneurs, le président de la Fédération internationale de judo, c’est-à-dire un certain nombre de gens qui ont eu l’expérience des responsabilités mais qui sont aujourd’hui libres, et qui peuvent donc avoir une certaine flexibilité, notamment dans les conflits, pour trouver les marges de manœuvre, de négociation. Nous sommes une coopérative, un par pays, et donc nous pouvons, les uns et les autres, construire une réflexion collective.

Et puis nous avons un certain nombre de nos leaders qui avaient des responsabilités avant, mais aussi d’autres qui ont pris des responsabilités. Par exemple, M. Antony Blinken, qui était le représentant des États-Unis, est aujourd’hui le ministre des Affaires étrangères. Nous avons M. Enrico Letta qui a pris des responsabilités ici en Italie. Nous avons la nouvelle directrice de l’OMC, qui est avec nous aussi. Donc nous avons un certain nombre de leaders qui sont aujourd’hui dans des organisations internationales puissantes.

Voilà notre idée, nous avons d’abord un rôle de think-tank, en publiant un rapport annuel, et puis nous travaillons sur le terrain, notamment en essayant d’inventer une pédagogie de la paix. La paix, c’est quelque chose de complexe, c’est un travail, ça ne tombe pas du ciel – même au Vatican, on peut dire ça ! -, et au fond, ça demande des efforts.

Il y a partout des écoles de guerre, il n’y a pas beaucoup d’écoles de paix! Nous voulons créer une école itinérante de la paix qui va aller transmettre, notamment aux jeunes dans les pays en conflit, ce qu’est la paix, comment on la prépare, comment on négocie, comment on fait des médiations. Tout ceci peut être enrichi par le travail que nous pouvons développer avec les équipes du Vatican, notamment pour définir certains sujets d’études qui sont essentiels à la paix. Je pense à la dignité humaine, je pense à la fraternité.

Bien sûr nous travaillons sur l’histoire des guerres, sur les techniques de la diplomatie, mais il faut quelquefois aller plus en profondeur. Quand on porte atteinte à la dignité de quelqu’un, on crée souvent de la violence. Et la violence, ce n’est pas loin de la guerre.

Cette pédagogie de la paix dont vous parlez, c’est l’un des leitmotivs du Pape François depuis le début de son pontificat. Il ne cesse de prendre des risques en allant physiquement dans des pays dangereux, comme la Centrafrique par exemple. Comment le Pape est-il perçu par vos confrères des Leaders pour la Paix qui ne sont pas tous de culture catholique? Qu’est-ce que le Pape représente dans cette géopolitique mondiale instable?

D’abord, c’est une reconnaissance de sa stature personnelle. C’est-à-dire que les musulmans, les gens qui sont athées, tout le monde voulait venir dans cette délégation, on a été obligé de la réduire. Et donc il est clair qu’il y a un certain nombre de gens qui avaient exprimé à cette occasion une forme de respect, de considération, et, pour ceux qui étaient présents, une forme d’émotion. Donc il y a déjà ce prestige, ce charisme, dirions-nous, cette grâce que porte le Pape.

Et puis il y a aussi naturellement les efforts qu’il a pu faire. Il y a les encycliques, il y a cette pensée de la fraternité, cette pensée de la dignité, et au fond cette volonté de communiquer la paix. Et donc ça c’est assez structuré, aujourd’hui, au Vatican. Nous avons travaillé avec la Communauté Sant’Egidio, avec l’Université du Latran, où, visiblement, on voit que le Pape veut nourrir la culture de la paix. Et ça c’est très important, parce qu’au fond la politique, quelquefois, ne remplit pas ce vide de la pensée.

Et cette pensée de la fraternité, de la paix, c’est une culture. C’est aussi quelque chose qui est plus grand que nous et qui doit se travailler. Et finalement l’un des lieux où l’on travaille cette réflexion, c’est quand même le Vatican. Et donc, je suis assez étonné de voir que mes amis musulmans, juifs, athées, tous ceux qui aujourd’hui s’intéressent aux questions de paix, écoutent le Pape, et le Pape a une influence stratégique très importante aujourd’hui.

La pandémie de coronavirus a été largement abordée par le Pape dans son intervention. Cette pandémie a eu des conséquences dévastatrices sur le plan sanitaire, mais aussi psychologique, politique. Beaucoup de gens ont peur, y compris parmi les dirigeants des États. Est-ce que la dimension spirituelle et la voix que porte le Saint-Siège dans le monde peut être un moteur dans la reconstruction des peuples et aussi la reconstruction la confiance des peuples aussi dans leurs dirigeants ?

Moi, je crois qu’il n’y a que la pensée, le spirituel, qui peut répondre à la peur, qui peut rassurer. Et au fond, on voit que la peur, elle entraîne le repli. On voit aujourd’hui que ce virus qui est mondial, qui se moque des frontières, a réveillé un certain nombre d’égoïsmes, et chacun a voulu travailler pour soi.

Dans la grande crise de 2008-2010, on avait vu des initiatives multilatérales qui avaient renforcé la coopération. Aujourd’hui, on a vu surtout la compétition être renforcée par le virus. Et donc, au fond, il y a aujourd’hui une sorte de vide de la relation internationale, qui ne s’exprime que par des coups de menton, par des tensions aujourd’hui, voire une « guerre froide », quand il s’agit des États-Unis et de la Chine. Et donc on voit bien qu’il y a aujourd’hui un déficit de pensée. Et la politique sans pensée, c’est dangereux.

C’est pour ça que quelles que soient les sources, quand une source crée une pensée, une culture, il faut y être attentif. C’est ce que fait aujourd’hui le Pape. Il donne au fond des arguments, tout en donnant sur une certaine forme d’altitude. C’est vrai que quand il parle des migrants, et quand vous êtes gouvernant, ce n’est pas facile de trouver les mesures cohérentes avec le discours, mais ça c’est le problème de toute pensée qui doit entrer en action. La pensée, elle est quelquefois éloignée d’un certain nombre de réalités, mais elle est nécessaire.

Vous savez, je suis un pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le pèlerin, il a besoin du chemin et de la destination. L’un va avec l’autre : sans destination, le chemin est difficile, mais sans la marche quotidienne, la destination n’existe pas. Et c’est ça, aujourd’hui, le rôle de la pensée: c’est d’être un peu la destination de notre chemin.