Matthieu 9, 9-13

Une christologie pour aujourd’hui

Père Michel Quesnel

Jésus-Christ selon saint Matthieu, p. 229s

 

              La fréquentation de l’Ecriture implique une familiarité avec chacun des quatre évangiles, l’appel à la conversion pouvant jaillir du texte pour lequel on éprouve le moins d’attirance spontanée. Certes, l’évangile peut et doit séduire ; il est aussi fait pour provoquer le lecteur à sortir de ses ornières.

              Les enseignements de Jésus sur la Tora peuvent être, malgré les apparences, d’une assez grande actualité. La société occidentale, Eglise comprise, a, de nos jours, une assez grande difficulté à se situer par rapport aux lois. Ou bien, elle n’en tient pas compte prônant une spontanéité libertaire, ou bien elle les rappelle avec rigueur, raideur même, qu’il s’agisse des lois civiles ou religieuses, et déploie une idéologie de l’obéissance favorisant une mentalité sectaire. Or le texte de Matthieu aborde de front la question légale ; Sermon sur la montagne et discours communautaire, les deux discours de Jésus les plus originaux, sont, chacun à sa manière, des recueils dans lesquels figurent conjointement les textes de lois et les conseils d’application. S’il y a une chose que Jésus y dénonce encore plus que toutes les autres, c’est bien le formalisme. En ce sens, lire et relire Matthieu peut grandement aider à acquérir des comportements équilibrés où la loi occupe la place qui devrait toujours être la sienne : celle de rendre possible une vraie liberté.

              La lecture continue du premier évangile est un itinéraire au cours duquel s’opère un passage à la portée considérable : du Dieu avec nous de l’annonce à Joseph, au Christ avec nous de la dernière apparition en Galilée. Un ouvrage qui conduit de Dieu au Christ, ce n’est pas si courant que cela, la plupart proposant plutôt le chemin inverse. On peut se demander si Matthieu est plus christologique qu’ecclésiologique : impossible de donner à cette question une réponse tranchée. En revanche, on peut affirmer qu’il est plus christologique que théologique au sens restreint de ce dernier terme, dans la mesure où le parcours qu’il propose va du Père au Fils. L’amour de Dieu s’est manifesté en Jésus-Christ d’une façon qui dépasse les limites historiques de son existence terrestre. L’incarnation se continue. C’est une affirmation dont les Eglises et chaque croyant n’ont sans doute fini de tirer les conséquences.