Actes 24, 1- 27

Le don de l’Esprit

Père Yves-Marie Congar

Je crois en l’Esprit-Saint, Tome I, p. 71s

 

          Le rôle de l’Esprit, d’après les Actes des Apôtres, est d’actualiser et de répandre le salut, acquis dans et par le Christ, par le témoignage. Toujours le salut est attribué au Christ. Il est communiqué au nom du Christ, c’est-à-dire par sa vertu : c’est lui qui opère. L’Esprit anime ses disciples pour l’annoncer. Il guide leur témoignage jusque dans le détail de leurs démarches et itinéraires. Les Actes voient l’action salvifique du Christ comme se poursuivant constamment dans les communautés.

          L’Esprit intervient à chaque moment décisif de la réalisation du dessein salutaire de Dieu. La Pentecôte n’a pas suffi à donner, d’un seul coup, aux apôtres, l’intelligence de l’universalité de l’appel à la foi. Il y a fallu du temps et de nouvelles interventions. Il y a une histoire des venues de l’Esprit. C’est assez exactement en consonance avec son plan que saint Luc place des sortes de Pentecôtes successives : à Jérusalem, en Samarie, celle qui lance l’aventure missionnaire avec Corneille et l’événement de Césarée, et même l’épisode d’Ephèse. A chacun de ces grands moments un signe de l’intervention de l’Esprit est donné : exprimer en langues une louange de Dieu et prophétiser.

          Jésus avait annoncé cette venue de l’Esprit comme le don d’une puissance qui ferait des témoins pleins d’assurance, comme un baptême, non dans l’eau, mais dans l’Esprit-Saint. Les Douze eux-mêmes et les 120 disciples mentionnés par Luc semblent n’avoir jamais reçu le baptême d’eau, sauf peut-être celui de Jean Baptiste. Ils ont été comme plongés dans l’Esprit qui est venu sur eux. Ils ont dès lors pratiqué un baptême d’eau au nom de Jésus, c’est-à-dire en référence, par la foi, à sa Pâque salvatrice et à sa puissance de Seigneur : baptême accompagné du don de l’Esprit. Tous les textes témoignent du lien entre les deux. Sauf dans le cas de Corneille, où l’Esprit a une initiative absolue, le don de l’Esprit suit le baptême d’eau, sans que le rite baptismal apparaisse comme le moyen, disons la cause instrumentale,  immédiat de ce don. Parfois, c’est un autre rite qui en est l’instrument, à savoir, l’imposition des mains apostoliques.