2 Corinthiens 1, 1-14

Marie, Mère de l’Eglise

Cardinal Josef Ratzinger et Hans Urs von Balthasar

Marie, première Eglise, p. 146s

 

          Dans l’Occident médiéval est née une piété mariale individuelle qui a conduit à bien des exagérations et des déviations. On ne peut rien lui reprocher, tant qu’on garde présent à l’esprit qu’à chaque personne dans la communion des saints est attribué par le Christ rédempteur un rôle actif, à chacun selon son caractère propre et selon sa vocation particulière.

          Et la vocation de Marie consiste précisément en sa maternité ; il est, par là, évident qu’elle est, non corporellement, mais spirituellement la mère également des membres du Christ, puisque, par son don d’amour, elle a contribué à ce que naissent dans l’Eglise des croyants (Augustin, De Virginitate, 6,6). Cette dimension personnelle-spirituelle peut, sans plus, être intégrée à la dimension ecclésiologique, si toutefois on ne perd pas de vue la conception fondamentale de la communion des saints, et que l’on ne traite pas les croyants, pas plus que les saints, comme des atomes sans lien entre eux.

          Et ce cas, le rayonnement des traits maternels sur le visage de l’Eglise, lequel était tout naturel et très enrichissant aux premiers siècles de l’Eglise, peut encore nous éclairer aujourd’hui. Pour nous, à qui cet aspect est resté étranger, le pape l’a exprimé par le titre de Marie, Mère de l’Eglise. Ce titre est justifié, pour autant que l’Eglise est considérée précisément comme la communion de tous les croyants, et également comme une entité sociale structurée, ce qui nous est habituel. Si nous pouvions nous décider à découvrir, au-delà de cette conception, une couche plus profonde, nous prendrions conscience alors de l’identité prototypique entre l’Eglise et Marie, et la conjonction entre les deux serait superflue, du moins par moments.

          Il est à espérer que, l’Esprit qui a couvert de son ombre la Vierge, vienne au secours de notre faiblesse.