Nombres 12, 1-15
Réponse divine aux plaintes de Myriam et Aaron
Origène
Sixième homélie sur les Nombres, Tome I, SC 415, p. 157s
On lit dans le livre des Nombres que « Moïse a épousé une Ethiopienne et que Myriam et Aaron ont reproché à Moïse d’avoir épousé cette Ethiopienne en disant : Est-ce à Moïse seul que Dieu a parlé ? Ne nous a-t-il pas parlé à nous aussi ? Et le Seigneur, dit l’Ecriture, les entendit. Il leur ordonne alors de sortir vers la Tente du Témoignage. Un jugement y est rendu : Myriam devient lépreuse pour un certain temps, puis elle est rappelée au camp.
Pour expliquer cela, disons que Myriam est le symbole du peuple primitif. Moïse, c’est-à-dire la Loi du Seigneur, a contracté mariage avec l’Ethiopienne qui est issue du groupe des nations. Moïse, c’est-à-dire la Loi spirituelle, la prend pour femme, et Myriam, qui est alors la Synagogue, s’en indigne et fait des reproches en même temps qu’Aaron, autrement dit en même temps que les prêtres et les pharisiens : le peuple ancien s’en prend donc à Moïse.
Sur cela, Dieu porte son jugement. Il confirme le mariage de l’Ethiopienne et permet à Moïse d’habiter librement et de reposer avec elle. Quant à Myriam, il l’expulse du camp, et l’éloigne plus encore de la Tente du Témoignage, avec Aaron qu’il joint à elle. Par surcroît, Myriam devient lépreuse.
Regarde maintenant ce peuple, voit quelle lèpre le péché a déposé en lui, quel brouillard obscurcit son intelligence, quelle hideur ternit son culte, quelle honte son spectacle. Cependant cette lèpre ne doit pas durer éternellement : quand la semaine du monde app rochera de sa fin, il sera rappelé au camp. A la fin du monde, en effet, quand sera entrée la plénitude des Nations, alors aussi tout Israël sera sauvé ; c’est le moment où la lèpre quittera le visage de Myriam : le peuple recevra la gloire de la foi et la splendeur de la connaissance du Christ ; sa figure reprendra son éclat quand, des deux peuples, il se fera un seul troupeau et un seul pasteur. C’est alors qu’il faudra dire vraiment : Ô Abîme de richesse de la sagesse et de la science de Dieu, qui n’a enfermé tous les hommes sous le péché que pour étendre à tous sa miséricorde dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles, amen.
