Galates 3,15 – 4,7
| Les promesses adressées à Abraham et à sa descendance |
Pierre Bonnard
L’épître de saint Paul aux Galates, p. 71s
Le verset 16 applique au cas historique le principe énoncé au verset 15 : c’est à Abraham que les promesses furent faites ; la conclusion viendra au verset 17 : il est donc impossible que ces promesses aient été modifiées ou abolies après coup par la promulgation de la Loi. Le pluriel, les promesses, s’explique par le fait que la Genèse relate plusieurs récits de la promesse faite à Abraham, et que, d’autre part, cette promesse en comprend plusieurs particulières d’ailleurs diversement formulées selon le texte. Elles peuvent être résumées dans les trois promesses d’une postérité, d’un pays (la Terre promise), et d’une Alliance ou assistance constante de Dieu qui sera ton Dieu et celui de ta postérité. C’est évidemment dans cette dernière promesse que culminent les deux autres.
A la manière des rabbins, Paul se saisit ici d’une particularité toute grammaticale du texte des Septante, et à ta descendance, remarquant ce singulier, ta descendance, ton rejeton, où il trouve l’annonce du Christ en qui devait s’accomplir la promesse faite à Abraham. Dans d’autres passages, particulièrement dans la lettre aux Romains (9,7 : 4,13 : etc…), Paul comprend ce même singulier dans le sens collectif de toute la postérité d’Abraham ! L’original hébreu, comme le correspondant grec, peut avoir les deux sens, collectif, souvent, plus fréquent, et individuel.
L’attention de Paul, dans ce contexte, est donc d’affirmer que la promesse faite à Abraham fut, en même temps, faite à Jésus-Christ. Le Christ est donc ici, tout à la fois, celui qui accomplit la promesse (c’est en lui et par lui que Dieu devient, dans l’histoire, notre Dieu, cf. Genèse 17,7), et celui qui en est le bénéficiaire le dernier, rassemblant en se personne et rendant, par là, bénéficiaires de la promesse tous ceux qui croient en lui (Romains 5,14 ; 1 Corinthiens 15,22 ; d=etc…). Pour démontrer que tous les croyants, même les pagano-chrétiens, font maintenant partie du peuple de Dieu, Paul ne passe pas directement d’Abraham aux pagano-chrétiens en montrant que, ayant la même foi, ils sont au bénéfice de la même promesse. Ce n’est pas la foi qui obtient le salut. L’argumentation de Paul est beaucoup plus historique que christocentrique : il montre qu’en bénissant Abraham, Dieu avait déjà en vue les païens qu’il entendait sauver par Jésus-Christ.
