Job 1, 1-22

Le juste malheureux : le premier dialogue entre Dieu et Satan

Père Robert Michaud

La littérature de Sagesse, Histoire et Théologie, Tome I, p. 109s

Pour comprendre la théologie du récit en prose du livre de Job, il est indispensable d’évoquer au préalable les deux dialogues qui se tiennent, au ciel, entre Dieu et le Satan, ainsi que les réponses de Job lesquelles sont les échos terrestres des deux dialogues célestes.

Dans le premier dialogue, Dieu croit à la piété indéfectible de son serviteur Job ; quant au Satan, il n’en doute pas, mais il doute qu’elle soit désintéressée.

Dieu : D’où viens-tu ? – Satan : De roder sur la terre. – Dieu : As-tu remarqué mon serviteur Job ? – Satan : Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Etends la main, touche à ses biens : je te jure qu’il te maudira en face ! – Soit ! Tous ses biens sont en ton pouvoir. Evite seulement de porter la main sur lui.

Le dénuement ne se fit pas attendre. Dès que le Satan fut sorti de l’audience de Dieu, une avalanche de fléaux s’abattit sur Job.

La réponse de Job : d’abord, elle fut muette. C’est par des gestes dont la signification est universellement connue qu’elle s’exprime : Alors, Job se leva, déchira son vêtement, se rasa la tête. Puis tombant sur le sol, il se prosterna.

Déchirer ses vêtements, se raser la chevelure, s’asseoir en silence sur la terre constitue trois gestes d’un rituel de deuil, décrits à maintes reprises dans l’Ancien Testament.

En second lieu, s’élève l’immortelle complainte : Nu, je sorti du sein maternel ; nu, j’y retournerai. Dieu avait donné, Dieu a repris, que le nom de Dieu soit béni.

Ce verset regroupe quatre thèmes : la nudité, provenant du dépouillement du vêtement qu’est la richesse ; la maternité de la terre ; Dieu appauvrit et enrichit ; la bénédiction du nom de Dieu.

Notons que le thème de la maternité de la terre remonte aux temps préhistoriques. Les hommes primitifs enfouissaient dans la terre le corps de leur mort, recroquevillé dans la position de l’embryon. Cette coutume exprimait leur croyance en quelque mystérieux lendemain : la vie de l’homme sur terre est donc le passage d’une mère à une autre.