Proverbes 10, 6-32

Bénédictions pour le juste, violence pour le méchant

Antoine Nouis

La Bible, Tome 3, Les livres poétiques, Les Proverbes, p. 507s

A partir de ce chapitre 10, le livre des Proverbes offre, durant six chapitres, une collection de maximes diverses. Ces chapitres sont un recueil de cent-quatre-vingts maximes attribuées à Salomon, dont le livre des Rois (1 Rois 5,12) dit qu’il en a prononcé trois mille. Cette partie comporte plusieurs doublets, ce qui laisse entendre qu’il s’agit d’une compilation puisée à différentes souches.

Ces maximes, indépendantes les unes des autres, se présentent sous la même forme en hébreu : quatre mots dans la première partie du verset, et trois dans la seconde. La plupart d’entre elles sont des antithèses qui font l’opposition entre une bonne et une mauvaise attitude.

Les thèmes sont variés autour de la Sagesse, de la Justice, et de la Miséricorde, en insistant sur la justice immanente qui veut que les bons soient bénis, et les méchants punis dans le monde présent. Parmi les thèmes qui ressortent, nous trouvons le respect dû aux parents et la sagesse d’un roi.

Prenons le verset 6 : Il y a des bénédictions sur la tête du juste, la violence couvre la bouche des méchants.

L’antithèse est patente : le juste qui reçoit bien des bénédictions, et le méchant qui n’a que des mots de violence à la bouche.

Une vie de justice est une vie féconde qui a du sens, c’est une vie bénie. Par contre la sagesse a souvent associé la violence et le mensonge. Dans le récit du Déluge, Noé devait faire entrer dans l’arche un couple de chaque espèce. Un commentaire raconte que le démon du mensonge se présenta, mais que Noé lui dit qu’il ne pouvait l’accueillir, sauf s’il se trouvait un partenaire. Il partit en quête et trouva la violence à qui il proposa de s’associer pour former un couple. La violence demanda au mensonge ce qu’il lui donnerait en échange, et ce dernier offrit de lui abandonner tout ce qu’il pourrait acquérir. Ils entrèrent dans l’arche, et, depuis de jour, tout ce que sème le mensonge, la violence le récolte.

Dans son discours de réception du prix Nobel, l’écrivain Alexandre Soljenitsyne a dit : La violence ne trouve son refuge que dans le mensonge, et le mensonge ne trouve son appui que dans la violence. Tout homme qui a opté pour la violence doit inexorablement choisir le mensonge comme son principe. Comme le mensonge finit toujours en impasse, le menteur ne peut s’en sortir que par la violence. Les régimes totalitaires qui utilisent la violence pour se maintenir en place utilisent le mensonge pour justifier, ou camoufler, leurs méfaits.