Job 29,1-10 + 30,1.9-23
| Nous nous égarons nous-mêmes si nous disons que nous n’avons pas de péché |
Dorothée de Gaza
Œuvres Spirituelles, SC 92, Instruction VII, p. 289s
Comment se fait-il, frères, que parfois on entende une parole désagréable et qu’on la laisse passer sans se troubler comme si on avait rien entendu, tandis que d’autres fois on est troublé aussitôt qu’on l’a entendue ? Quelle est la raison d’une telle différence ? Y a-t-il à cela une seule raison, ou plusieurs ? Pour moi, j’en vois beaucoup, mais il y en a une seule qui, pour ainsi dire, engendre toutes les autres.
Je m’explique. Voici d’abord un frère qui vient de prier ou de faire une bonne méditation. Il se trouve, comme on dit, bien disposé. Il supporte donc son frère et poursuit son chemin sans se troubler. En voici un autre qui a un vif attachement pour un frère : à cause de cela, il endure tranquillement toutes les attaques de ce frère. Il arrive aussi qu’un tel autre méprise celui qui peut lui faire de la peine. Il regarde ce qui vient de lui comme sans importance, il ne fait pas attention à lui, comme si ce n’était pas un homme, il ne tient aucun compte de ce qu’il dit, ni de ce qu’il fait.
Ce mépris, qui épargne le trouble, est évidemment désastreux.
Qu’en au trouble que l’on ressent parce qu’un frère nous fait de la peine, il peut venir de ce qu’on est mal disposé à ce moment, ou de ce que l’on a de l’aversion pour ce frère : il y a encore à cela beaucoup d’autres raisons variées qu’on pourrait énumérer.
Mais la cause de n’importe quel trouble, si nous la recherchons soigneusement, c’est que nous ne nous accusons pas nous-mêmes. C’est cela qui nous donne tout cet abattement, c’est cela qui nous empêche de jamais trouver le repos. Il ne faut pas nous étonner si nous entendons dire à tous les saints qu’il n’existe pas d’autre chemin. Nous voyons bien que personne, en suivant un autre chemin, n’a pu trouver le repos. Et nous, nous prétendons le trouver et suivre un autre chemin parfaitement droit, sans jamais accepter de nous accuser nous-mêmes !
Effectivement, aurait-on accompli des milliers d’actions vertueuses, si l’on ne suit pas ce chemin, on ne cessera jamais de faire souffrir les autres et de souffrir soi-même, en perdant tout le fruit de son labeur.
