Job 4, 1-21

Confiance en Dieu

Pères H. Duesberg et I. Fransen

Les scribes inspirés, p. 486s

Les amis de Job vont prendre la parole à tour de rôle, ils glissent sur la misère de l’homme, n’ont envers Job aucun sentiment de sympathie ou de compassion ; ils songent plutôt aux aspects juridiques des promesses de l’Alliance qu’à la miséricorde primordiale de la création ; ce sont des hommes d’affaires, attentifs à leurs intérêts. Job, dont le sens religieux est plus affiné, plus vibrant, ne peut se contenter de leur comptabilité rigide, artificielle ; il est plus près des prophètes.

Le premier qui prend la parole, Eliphaz de Théman, s’empresse de gagner le terrain ferme des principes : Ta piété n’est-elle pas ta confiance, la perfection de tes voies ton espoir ? Ce sont des affirmations du livre des Proverbes et des psalmistes ! Ceux-ci disaient également : J’ai vu.

Et Eliphaz de poursuivre en ces termes : J’ai vu un insensé prenant racine, et aussitôt j’ai maudit sa demeure. Tout malheur s’explique donc par un coupable, et c’est là ce que Job ne devrait pas perdre de vue quand il se plaint de tant souffrir. L’allusion d’ailleurs pour être directe n’a rien de désobligeant : il y a un préjugé universel contre la malice humaine et contre l’impureté native de ces pauvres sires que sont ces composés d’argile. Eliphaz a son siège fait là-dessus, on le sait ; il n’invente rien d’ailleurs, mais l’a appris d’une vision : or, à moi, une parole fut dire furtivement dans les cauchemars provenant des visions de la nuit.

Ce que cette voix lui enseigne : l’homme est né impur. On ne s’étonnera plus qu’il pèche, ni que le péché soit l’explication nécessaire de ses tourments. La tradition vient seconder l’expérience personnelle, et que serait-elle d’autre, sinon l’expérience transmise par les générations ? Les sages faisaient profession de la priser comme un legs. Ce qui est choquant dans le cas de Job, c’est qu’il en fasse fi, et qu’il oppose ses dénégations obstinées à ces vénérables témoignages : Es-tu né le premier homme, as-tu été enfanté avant les collines ? Est-ce trop peu pour toi les consolations de Dieu, une parole qui t’est dite  en douceur ?

Eliphaz, lui, se réclame de la tradition : le Deutéronome n’avait-il pas indiqué que les fils apprendraient des pères les conditions du bonheur ?