Job 40, 6-24 + 42, 1-6

Faiblesse de l’homme devant Dieu

Père Jean Radermakers

Dieu, Job et la Sagesse, p. 244s

           La question posée par Dieu à Job atteint vite le nœud du problème : Est-ce que tu réduis à rien mon jugement, et me condamneras-tu afin de te justifier ? Parce que la justice de Dieu dépasse celle de l’homme, faut-il nécessairement la nier pour faire valoir cette dernière ? Ici se trouve révélée, sous forme de question à creuser, la vraie nature du péché du juste : ce n’est pas un péché du type horizontal, produit par la rupture de l’ordre moral ou de la violation du code éthique, mais c’est un péché, c’est le péché du type vertical, qui se manifeste au moment où la créature passe son créateur en jugement. L’homme est mis en demeure d’opter soit pour sa propre justice, soit pour celle de Dieu, qui le sauve et le justifie.

            L’argumentation de Dieu est simple et percutante : la puissance de Job se trouve limitée, incapable de faire advenir la justice qu’il réclame. As-tu un bras comme El, et d’une voix comme lui tonnes-tu ? : cette interpellation va plus loin que celle du premier discours ! Dans celui-ci, Dieu parlait de son action dans le cosmos. C’est ce qu’expriment les images du bras de Dieu ; pareillement, Dieu intervient dans la vie de son fidèle.

            Dieu met ensuite Job au défi de faire disparaître le mal : Vois tout orgueilleux, et humilie-le. Vois tout orgueilleux, terrasse-le et écrase les pervers sur place ! Dieu rend donc Job conscient de son impuissance à éliminer le mal du monde. Certes, Dieu se propose de triompher de toute fierté et de tout orgueil, mais seulement lorsque viendra son Jour. Il défie Job de réaliser ce triomphe à sa place : il devrait pour cela revêtir la splendeur et la magnificence divines. Or vouloir être comme Dieu, ne serait-ce pas sortir de l’amour, et tout simplement du réel ? Ainsi Job ferait-il un meilleur rétributeur que Dieu ?

            Que Job essaie sa force et pourfende les méchants ! Alors il pourrait se vanter d’avoir acquis son salut par sa propre vigueur. Dieu même n’aurait qu’à le louer, ce qui serait le comble. Nous retrouvons ici le procédé favori de l’auteur du livre : la distorsion des thèmes psalmiques. E effet, l’expression je te louerai vient souvent sous la plume du psalmiste rendant grâce pour les bienfaits divins. Si Job pouvait détruire le mal, les rôles seraient renversés. Ne pourrait-il commencer par accepter sa situation et s’efforcer d’y découvrir le dessein de Dieu qui jamais ne l’abandonne, puisqu’il se soucie même des animaux ?