Qohèleth 5,9 – 6,8

L’argent fait-il le bonheur ?

         Père Jean Steinmann

Ainsi parlait Qohèleth, p. 76s

Qohèleth aime les maximes ; le voilà maintenant qui parle de la rapacité des aristocrates : Qui aime l’argent n’a jamais assez d’argent ; qui aime la richesse ne l’atteint jamais ! C’est que Qohèleth lui aussi aime l’argent et la richesse dans la mesure où ils permettent de rendre la vie confortable ; mais il les craint à partir du moment où le souci de les acquérir, comme de les garder, empoisonne la vie. Aussi est-il prêt en ce cas à souscrire aux proverbes des moralistes qui ne voient jamais de fin aux soucis des riches.

Car il y a des riches insatiables, qui raffolent de parader. Ils excitent la verve du vieux sage. Beau profit que le spectacle des parasites !

Le retour à la nature, préconisé par Qohèleth, est encore plus accentué dans le proverbe sur le sommeil du pauvre et celui du riche. C’est le thème de la fable de La Fontaine : Le savetier et le financier.

Quant au récit du malheur du riche ruiné, lequel n’a plus rien à léguer à son fils, Qohèleth l’a peut-être imaginé à la lecture du livre de Job, que rappelle la phrase : Tel qu’il était né du ventre de sa mère, tout nu il repartira. D’où quelques réflexions sur la mort qui dépouille le riche de ses biens.

Par contraste, Qohèleth en revient à ses aphorismes sur la vie heureuse : Le bien être convenable, c’est de manger et de boire, de se réjouir grâce aux gains que l’on a gagné sous le soleil durant les jours de la vie que Dieu donne à chacun. Qohèleth dévoile ici l’hédonisme profond, mais modéré de sa morale. La vie est courte, le seul bien-être sans mélange est l’absence de soucis. Le corps doit être nourri et abreuvé, c’est là un don de Dieu. La richesse est donc bonne, à condition d’en user sans en abuser. Et Dieu l’a voulue telle.

Mais que d’aléas dans l’usage de la richesse : il est des hommes à qui leur santé ou la mort ravissent leur fortune. Elle passe aux mains de leurs héritiers. C’est l’autre qui consommera tout. Qohèleth n’est pas altruiste : d’après lui, chacun travaille pour soi. Transmettre ses biens est une souffrance et un scandale.

Des remarques aussi éparses que celles de Qohèleth se dégage une sagesse ironique et prudente, avisée et incisive. La finesse de ses réflexions est un hommage à l’intelligence subtile de ses auditeurs.