Galates 2,19 à 3,14 + 6,14-16
Chemin de croix des âmes tentées
Anonyme
La Vie Spirituelle, n° 442, Août-Septembre 1958, p. 126s
Le chrétien, à chaque pas qu’il fait dans le monde, se sent contenu par une exigence, d’autant plus astreignante qu’elle est intérieure, d’autant plus insupportable que les autres, autour de lui, ne semblent pas la connaître, et s’en trouve apparemment que mieux.
Ne pas briser sa croix, ne pas la rejeter, ne pas la laisser tomber, ne pas la subir non plus, comme un esclave résigné : Porte librement ta croix, elle te portera, nous dit l’Imitation de Jésus-Christ.
Ce n’est pas rejeter sa croix que de sentir son poids jusqu’à l’accablement. Ce n’est pas succomber à la tentation que de se sentir investi par elle, au point d’éprouver la douloureuse disparition de l’idéal pour lequel on lutte, l’extinction du courage nécessaire pour lutter.
Le Christ ne porte plus sa croix, elle l’a conduit par-delà la mort à la résurrection et à la gloire : Le Christ ressuscité ne meurt plus. Mais en montant au ciel il a laissé sur la terre son Eglise qui est son Corps, et, à son Eglise, il a confié sa croix pour qu’elle la porte jusqu’à la fin des temps, et pour que, par ce même chemin de luttes, de douleurs et d’humiliations, elle conduise à la même gloire les générations successives.
L’Eglise est faite de chrétiens. Ce sont les chrétiens qui portent sa croix. C’est elle qui porte la croix en eux. Et cette croix, la croix de chacun, la croix de l’Eglise, c’est la croix du Christ. Tout homme qui souffre, s’il souffre en chrétien, est un Simon de Cyrène.
Toute souffrance est croix ou peut le devenir. Car si le Christ n’a pas connu le péché, ni la tentation, du moins celle qui s’introduit dans l’âme et la trouble, sa croix rassemble en elle mystérieusement toutes les souffrances humaines. De cet affreux mélange de sentiments, d’images et de désirs qui vous agite, vous pouvez extraire la souffrance et l’unir à la sienne. Il l’acceptera, la purifiera, en fera l’instrument même de votre victoire sur le mal et de votre libération, comme de sa croix il a su faire l’instrument de sa propre glorification et de notre salut.
La croix ne dit jamais son nom. Les martyrs ne savaient pas qu’ils étaient des martyrs, ni les persécutés qu’ils souffraient pour la justice. La croix aussi est un mystère de foi.
