Esther 5,1-14 + 7,1-10

La venue de l’orgueilleux

Jean- Daniel Macchi

Esther, la courage et la ruse, CE 190, p. 42s

Au moment où il sort, ivre et joyeux, du premier banquet offert par la reine Esther, Haman croise à nouveau Mardochée. La présentation des émotions des deux ennemis contraste radicalement : Mardochée est impassible bien qu’il soit en danger de mort, alors qu’Haman se met en colère alors qu’il a déjà fait condamner à mort son ennemi Mardochée avec son peuple. Ironiquement, alors qu’au chapitre trois Haman s’énervait parce que Mardochée ne s’inclinait pas, maintenant il se met en colère parce qu’il ne se lève pas.

Arrivé chez lui, Haman convoque ses amis et sa femme, et fait état de son immense richesse, de la grandeur de sa famille et de son pouvoir, avant de se vanter de l’honneur que, pensait-il, la reine Esther voulait lui faire en l’invitant seul avec le roi. Après une telle description, dire que tout cela lui est égal lorsqu’il voit Mardochée le Juif assis à la porte du roi est ridicule, vu la disparité entre l’étendue de sa gloire et la futilité de sa contrariété.

Cela dit, Haman n’explique pas à sa femme et à ses amis le litige qui l’oppose à Mardochée. Le seul argument qu’il invoque devant eux, et de surcroît que ceux-ci trouvent valide, est abject. En effet, Haman ne dit pas que Mardochée lui a manqué de respect, mais simplement qu’il est Juif. Comme si un Juif n’aurait rien à faire à la porte du roi et que sa simple présence justifierait qu’on l’exécute.

Même si, au chapitre premier, le décret contre les femmes prévoyait que les maris soient maîtres chez eux, ici, c’est la femme d’Haman, Zérèsh, qui lui dit quoi faire. Il s’agit d’ériger une énorme potence de cinquante coudées, c’est-à-dire environ vingt-cinq mètres de haut, pour y pendre Mardochée. Ironiquement, même si Haman se vantait de son immense pouvoir, il doit en référer au roi. A ce stade du récit, le suspense est à son comble : Mardochée risque d’être supplicié avant même le deuxième banquet d’Esther.