Judith 5, 1-22
Discours d’Akhior
Père Daniel Doré
Le livre de Judith ou la guerre et la foi, p. 17s
Le discours d’Akhior débute par un appel à l’attention, à l’écoute, et protestation de la vérité. Or, c’est moins au compte-rendu d’un officier d’état-major qu’à une confession de foi dans la bouche d’un païen que le corps du discours va nous donner d’assister.
L’histoire d’Israël est relue comme en Deutéronome 26, en Josué 24, dans les psaumes 78 et 106, ou en Actes 7,2-47. Ce type de parcours de l’histoire est aussi présent dans les confessions des péchés des liturgies pénitentielles de Daniel 3 et 9, et de Néhémie 9. Or, une des caractéristiques de ce discours est attestée également dans la relecture de l’histoire en Sagesse 10-19. Aucun personnage de l’histoire n’est identifié par son nom. Cependant en Judith 5,6-19, les noms topographiques sont maintenus comme autant d’étapes de la pérégrination d’un peuple toujours en chemin, tandis qu’en Sagesse 10-19, mis à part la Pentapole et la Mer Rouge, tous les autres toponymes sont rendus par des périphrases, comme les noms des ancêtres d’Israël.
Migration des patriarches, de Jacob et de ses fils, libération d’Egypte, séjour au désert, et établissement sur la terre : ce résumé d’histoire, truffé de renvois aux livres de la Torah et à celui de Josué, occupe les versets 6 à16. La clef de la compréhension de ces migrations est l’adoration, par ce peuple, du Dieu du ciel, le Dieu qu’il avait connu (5,8). L’expression est perse et le Dieu d’Israël n’est pas désigné par le nom communiqué à Moïse. Mais la théologie deutéronomiste de la rétribution temporelle et collective est exposée par Akhior de manière lumineuse : Tant qu’ils ne péchèrent pas devant leur Dieu, le bonheur était avec eux, car ils ont avec eux un Dieu qui hait l’injustice. Mais quand ils s’éloignèrent de la voie qu’il leur avait établie, ils furent très gravement exterminés (5,17-18).
Après avoir ainsi dressé une relecture du passé, Akhior discerne le présent avec la même clef théologique.
L’invincible Holopherne, qui veut conduire toute la terre à l’adoration de Nabucodonosor, est invité à évaluer la situation. Ce n’est que le péché d’Israël devant son Dieu qui peut donner l’occasion de monter leur faire la guerre. Mais il n’y a pas d’injustice dans leur nation, que mon Seigneur passe outre, de peur que leur Seigneur et leur Dieu ne les protège (5,21). Autrement dit, le Dieu d’Israël est plus fort que Nabucodonosor !
