Jean 3, 13-17

Le Martyre de la Vierge

Saint Bernard

Homélie pour le dimanche qui suit l’Assomption 14-15,

Le martyre de la Vierge nous est connu par la prophétie de Siméon et par le récit même de la Passion du Seigneur. De l’enfant, le vieillard disait : Il sera un signe de division, et toi, disait-il à Marie, Une épée transpercera ton âme.

Oui, Mère bénie, un glaive a transpercé ton âme : il n’aurait pu, sans transpercer celle-ci, pénétrer dans la chair du Fils. C’est vrai : ce Jésus qui est tien, après avoir remis son esprit, ne fut pas atteint dans son âme par la lance meurtrière ; sans épargner un mort, auquel elle ne pouvait pourtant plus faire de mal, elle lui ouvrit le côté, mais c’est ton âme qu’elle transperça. La sienne assurément n’était plus là, mais la tienne ne pouvait s’enfuir. Ton âme, c’est la force de la douleur qui l’a transpercée, aussi pouvons-nous très justement te proclamer plus que martyre, puisque ta souffrance de compassion aura certainement dépassé la souffrance qu’on peut ressentir physiquement.

N’a-t-elle pas été plus qu’une épée, pour toi ; n’a-t-elle pas percé ton âme et atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, cette parole : Femme, voilà ton Fils ? O quel échange ! Jean s’est donné en lieu et place de Jésus, le serviteur à la place du Seigneur, le disciple au lieu du Maître, le Fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, un simple homme au lieu du vrai Dieu. Comment l’écoute de cette parole ne transpercerait-elle pas ton âme pleine d’affection, quand le seul souvenir de cette parole brise déjà nos cœurs, qui sont pourtant de roche et de fer.

Ne vous étonnez pas, frères, qu’on puisse dire de Marie qu’elle a été martyre dans son âme. S’en étonnerait celui qui aurait oublié comment Paul mentionne, parmi les fautes les plus graves des païens, le fait qu’ils ont été sans affection. Un tel péché était plus loin du cœur de Marie ; qu’il le soit aussi de ses modestes serviteurs.

Mais, dira-t-on peut-être : ne savait-elle pas d’avance qu’il devait mourir ? Sans nul doute. N’espérait-elle pas qu’il ressusciterait aussitôt ? Oui, assurément. Et malgré cela, souffrit-elle de le voir crucifié ? Oui, violemment. Qui donc es-tu, frère, et d’où vient ta sagesse, pour que tu puisses t’étonner davantage de la compassion de Marie que de la passion de son Fils ? Lui a pu mourir dans son corps, et elle, n’aurait-elle pas pu mourir avec lui dans cœur ? Voilà, dans la Passion du Christ, ce qu’a accompli un amour tel que personne n’en a éprouvé de plus grand ; et voici, dans la compassion de Marie, ce qu’a accompli un tel amour qui, après celui de Jésus, n’a pas son pareil.