Luc 6, 12-19
Le choix des Douze
François Bovon
L’évangile selon saint Luc, Tome 1, p. 273s
On peut se demander si saint Luc n’a pas calqué la scène évangélique de ce jour sur la naissance du peuple d’Israël au Sinaï. La préparation du choix des prêtres par Moïse se fait dans la prière ; seule différence, Jésus, dans l’évangile, est seul tandis que Moïse est accompagné d’Aaron et des autres prêtres. Moïse remonte une seconde fois sur la montagne et prie Dieu de pardonner à son peuple et de le renouveler au lieu de l’anéantir. Et Dieu va exaucer la prière et va donner ses commandements pour une vie régénérée après la chute. Peu après a lieu l’envoi des Douze éclaireurs avec la liste de leurs noms. Cela nous montre de quelle façon on lisait les récits bibliques au Ier siècle après Jésus-Christ.
Luc nous montre Jésus montant sur la montagne pour prier, ce qu’il fit lors des événements les plus importants de sa vie. Pour Luc, les structures constitutives de la prière sont l’expression de sa relation avec son Père, c’est-à-dire l’adoration, puis la demande et l’intercession, non dans un but profane, mais pour le développement du dessein salvifique de Dieu par l’obéissance de la foi envers la parole divine de révélation. Ce modèle est constitutif pour la prière des chrétiens, aussi bien individuelle que communautaire. Certes, les moments où Jésus prie sont les moments cruciaux de l’ère nouvelle du salut, tandis que la prière des chrétiens insère l’individu ou la communauté dans l’histoire que Dieu réalise au travers du Christ. Pour eux, prier, c’est ne pas perdre la foi, tenir, résister à la tentation. Si, dans la prière de Jésus, c’est l’histoire du salut qui prime, chez les chrétiens, c’est l’éthique. Jésus prie toute la nuit, ce qui démontre moins son ascèse que sa concentration totale sur la seule chose qui compte. Jésus reste éveillé pour entendre la voix de Dieu avant l’événement. Son intercession aboutit à une décision audacieuse : Jésus cherche à atteindre la conversion du peuple indirectement par le choix des Douze. Il y va du du bien et du salut du peuple : selon Luc, une étape de l’histoire du salut est franchie. Jésus va, avec l’assentiment de l’ancien Dieu des Pères, instituer une nouvelle autorité, pour conduire le peuple. Celle-ci est fondée non plus sur la connaissance de la Loi et les mérites, mais sur le choix opéré par le Messie.
