Sagesse 1,16 – 2,24

La vie selon les impies

Père Etienne Nodet

L’Odyssée de la Bible, p. 490s

     Le mystère de l’impiété, du mépris de Dieu, est à l’œuvre depuis les origines (Genèse 3,5-22) ; il aboutira à un délire d’orgueil (2 Thessaloniciens 2,3-8), mais Dieu laisse toujours le temps de la conversion. Face aux juste et aux sages se dressent les impies et les fous, dont les œuvres sont mauvaises ; de même, le Royaume de Dieu subit les assauts du monde. Il n’y a pas de troisième voie ; les indifférents sont des impies.

Le Nouveau Testament souligne une dimension essentielle de l’impiété : l’aveuglement, qui empêche toute conversion. A la suite des prophètes, Jésus reproche aux pharisiens leur formalisme et leur hypocrisie, c’est-à-dire le besoin d’être remarqué des hommes ou d’être meilleur que les pécheurs publics ; c’est une impiété au sens d’un culte de soi-même. Jésus ne s’élève jamais contre la Loi qu’elle soit écrite ou coutumière, car elle est fondamentalement spirituelle, mais exige que l’amour de Dieu et l’amour du prochain se superposent, comme le demande justement la Loi elle-même. Cela nécessite discernement, liberté et imagination, comme le montrent la parabole du bon Samaritain ou les guérisons opérées le jour du sabbat.

Cependant, personne n’a jamais pu observer la Loi parfaitement, et Dieu a enfermé l’ensemble de l’humanité dans la désobéissance (Romains 3,9-19). Mais Jésus a pris sur lui le péché du monde, c’est-à-dire la colère de Dieu. Il a été mis à mort par la main des impies. A la suite du Serviteur de Dieu, il a été compté parmi les malfaiteurs, et il est mort comme juste à la place des injustes, de manière à sauver les impies : le juste est un impie qui se convertit, c’est-à-dire qui accepte d’être justifié par grâce, alors que l’impie s’irrite de la justice du juste et se perd. L’impiété traditionnelle est la même, avec le rejet de la Loi et l’injustice, mais une nouvelle dimension est soulignée : la piété formelle ou superficielle, que dénonçaient déjà les prophètes. C’est le reproche fait aux pharisiens, qui refusent de se voir aveugles ou qui croient pouvoir disjoindre l’amour de Dieu de l’amour du prochain. Jésus a le plus grand respect de la Loi, mais il souligne la nécessité du discernement.