Siracide 29,1-13 + 31,1-4

L’aumône, une justice sans risque

Père Maurice Gilbert

Les cinq livres des Sages, p. 208s

     Dès le chapitre 4 de son livre Ben Sira a déjà abordé le sujet de l’aumône ; il y revient dans la lecture que nous venons d’entendre. Celui qui sollicite un prêt se trouve momentanément en difficulté, mais la situation du pauvre est pire, parce que permanente et radicale. Aussi celui qui a des moyens est instamment prié par le sage de faire preuve de générosité, de justice, dit-on en hébreu.

Trois versets sont une série d’invitations pressantes. Dans chaque verset, le premier stique est positif : montre que tu as un grand cœur, viens en aide, donne ton argent à perte. Le bénéficiaire, c’est le pauvre, mais il est aussi en vérité un frère et un ami. Pour insister sur l’urgence, Ben Sira complète sa pensée par des formules négatives au second stique de chaque verset : ne fais pas attendre, ne renvoie pas les mains vides, que ton argent ne rouille pas sous une pierre. La motivation de ces préceptes se lit au deuxième verset de ce petit ensemble : il s’agit en  effet d’un commandement du Seigneur, qui provient du livre du Deutéronome (15,11) qu’il faut accomplir à la mesure de la détresse du pauvre.

On peut prêter de l’argent dont on dispose, mais l’emprunteur risque de ne rien restituer. On peut encore le thésauriser dans une cache (Matthieu 25,18) ou dans un coffre : nul n’en bénéficie. On peut le distribuer aux pauvres purement et simplement, sans aucun espoir de le récupérer, mais l’aumône apporte des avantages d’un autre ordre.

C’est ce que Ben Sira explique dans les trois versets suivants. Donner son argent parce que, suivant le précepte du Très-Haut, cela le rend plus utile que l’or, même pour le bienfaiteur qui s’en défait. Au premier stique, Ben Sira invite même à mettre en réserve ce qu’on se décide à donner aux pauvres : on s’engage ainsi à ne pas le dépenser pour soi, ce sera la part du pauvre sur mes avoirs. A moins qu’il ne faille lire, avec la version latine, cette belle expression : Enferme ton aumône dans le cœur du pauvre. Tu t’en feras un véritable ami et l’expérience te le prouvera s’il t’arrivait malheur. 

C’est bien à cela que veut en venir Ben Sira. Grâce à l’argent dont ils disposent, les gens fortunés ont les moyens de se défendre et même de riposter aux attaques personnelles dont ils peuvent être les victimes ; avec cet argent, ils s’arment de bouclier et de lance. Mais pour venir à leur secours, le pauvre qu’ils ont comblé, leur sera un défenseur plus efficace.