Matthieu 25, 1-13
Parabole des dix vierges
Saint Jean Chrysostome
Homélie 78, 1, OC 13, p. 84s
Les vierges avaient de l’huile, mais pas assez ; c’est pour cela qu’elles sont punies. Mais pourquoi Jésus donne-t-il ce rôle à des vierges, au lieu de prendre simplement une personne quelconque ? Il avait fait de beaux éloges de la virginité, il savait que la plupart des hommes la tiennent en grande estime.
Puisque c’est une grande vertu, qu’honore la majorité des gens, Jésus ne voulait pas qu’on s’imagine qu’elle suffit à remplacer le reste, qu’on pourrait négliger. Aussi présente-t-il cette parabole bien propre à nous persuader que la virginité, comme toutes les autres vertus, si elle n’est pas accompagnée des beautés de la charité, ne vaut pas plus que l’adultère. L’homme sans cœur et sans pitié est rejeté au même rang que ceux qui se conduisent mal. Et c’est très juste, car les seconds sont esclaves de l’amour des corps, le premier de l’amour de l’argent. Cependant l’amour sexuel et l’amour de l’argent n’ont pas la même intensité ; le premier est beaucoup plus puissant et plus tyrannique que le second. Or, plus l’adversaire est faible, moins sont excusables ceux qui se laissent vaincre. Voilà pourquoi ces vierges sont qualifiés de sottes : après avoir triomphé d’une passion plus violente, elles ont tout perdu à cause d’une passion moins puissante.
Les lampes désignent ici le don même de la virginité, la pureté de la vie, et l’huile symbolise la bienfaisance, la charité, la pitié pour les malheureux.
Au milieu de la nuit, un cri se fait entendre … Nos lampes s’éteignent , donnez-nous de votre huile. Elles exposent leur dénuement : Nos lampes s’éteignent ! Elles essuient un refus. Ni la bonté de celles qu’ils implorent, ni la facilité du secours à donner, ni la nécessité pressantes ne purent rien obtenir ! Quelle leçon en tirer ? Personne ne pourra secourir plus tard ceux qui n’auront pas le secours de leurs propres œuvres, non par défaut de volonté, mais par défaut de puissance.
Il nous faut ici-bas faire provision d’huile, afin de nous en servir quand le moment sera venu, quand l’appel retentira. Ce ne sera plus le temps de la récolte. Nous aurons tous besoin d’une abondante provision d’huile. Or ce temps de la récolte le voici qui vient, qui plus est : il déjà là.
