Sagesse 16, 2b-13 + 20-26

La symbolique de la manne

Père Maurice Gilbert

Les cinq livres de la Sagesse, p. 256s

     Une des questions que posaient les récits du Pentateuque était de savoir quel était le goût de la manne. Car pour Exode 16,31, elle avait la saveur d’une galette de miel, tandis que, pour Nombres 8, celle d’un gâteau à l’huile. L’auteur du livre de la Sagesse (16,20c et 21bc) propose une solution : la manne s’adaptait à tous les goûts ! La tradition juive retiendra cette lecture ingénieuse, mais notre auteur est le seul à y retrouver la manifestation de la douceur du Seigneur envers ses enfants : La substance que tu donnais, la manne, manifestait bien ta douceur à l’égard de tes enfants.

Comme cet épisode de la manne s’oppose à la plaie qui détruisit par la grêle et la foudre les récoltes égyptiennes, notre auteur relève que la manne résistait parfaitement au feu : en effet, Nombres 11,8 expliquait que, une fois broyée, la manne était passée au four pour en faire des galettes. C’est donc, pense l’auteur, que le feu peut exercer deux fonctions opposées : il détruit les récoltes des uns, et il sert à préparer le repas des autres (16,22-23) ! Il en conclut (16,24) que, de façon générale, la création peut, dans la main du Créateur, modifier son action : si elle se tend, elle châtie les injustes, mais, en se détendant, elle accorde un bienfait à ceux qui se confient dans le Seigneur. Or, une telle conclusion, placée au centre du septénaire consacré à l’exode, reviendra en conclusion du livre. La récolte de la manne devait se faire en respectant la Parole du Seigneur : chacun devait en recueillir selon ses besoins et sans faire de réserve, sauf le vendredi où l’on récoltait une double portion en vue du sabbat. Pour notre auteur, cela signifie que l’homme trouve de quoi subsister en accueillant la Parole divine, ou mieux, c’est la Parole qui maintient en vie les croyants et non les produits d’une récolte. L’auteur tire une autre leçon : selon Exode 16,21, il fallait recueillir la manne tôt le matin, avant que la chaleur du soleil ne la fasse fondre. C’est donc qu’il faut rencontrer le Seigneur et lui rendre grâce pour ses dons avant que le soleil ne se lève. La Bible connaît bien la prière matinale (Psaume 5,4), ce que Jésus pratiquait (Marc 1,35).