Actes 23, 12-35
| L’Esprit-Saint est Dieu et Seigneur consubstantiel au Père et au Fils |
Rupert de Deutz
Les œuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 65s
Nous croyons et nous confessons que le Saint-Esprit est vrai Dieu et Seigneur, consubstantiel et co-éternel au Père et au Fils ; c’est dire qu’il est en tout, sauf la substance, ce que sont le Père et le Fils, mais qu’il n’est pas, selon la personne, le même que le Père et le Fils. De même en effet qu’autre est la personne du Père et autre celle du Fils, autre est également la personne du Saint-Esprit, tandis que la divinité, la gloire, la majesté qui appartient au Père et au Fils appartient identiquement au Saint-Esprit.
Pour distinguer les propriétés des personnes du Fils et de cet Esprit-Saint en leur appliquant également des vocables différents, nous disons d’une part que le Fils est le Verbe du Père ou sa raison : non un verbe attribué ou une raison prêtée, mais le Verbe substantiel, la raison qui vit substantiellement et éternellement ; nous disons de même que le Saint-Esprit est la charité ou l’amour du Père et du Fils : non une charité accidentelle ou un amour adventice, mais la charité substantielle, l’amour qui persévère éternellement.
Cet amour, quel en est l’importance, ou pour mieux dire la majesté ? Pour arriver à l’entrevoir un tant soit peu, comparons maintenant à l’intérieur d’un même genre, ou d’une même espèce, une créature à laquelle il ne se communique pas. Sans doute, si l’on compare deux représentants du genre humain, mettons de l’ordre apostolique : l’un est le bienheureux apôtre Paul, l’autre le démon Judas.
La différence, c’est que cet homme-ci, Paul, participe à cet amour, tandis que cet homme-là, Judas, n’y participe pas. L’un et l’autre tiennent de la majesté du Verbe, par qui ils ont été faits, d’être des créatures raisonnables ; la seule différence entre eux, c’est que l’un communie et que l’autre ne communie pas à cet amour.
En ceci encore apparaît donc clairement ce qu’a de propre l’opération du Saint-Esprit : par le Verbe du Père, la créature raisonnable a reçu d’être, par l’Esprit-Saint elle reçoit de bien être.
