Actes 24, 1-27
| L’Esprit-Saint procède de Dieu |
Rupert de Deutz
Les œuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 67s
Ce Dieu, ce Saint-Esprit, on dit tantôt qu’il est émis ou envoyé, – nous avons rappelé plus haut Tu enverras ton Esprit et ils seront créés – tantôt qu’il procède. Etant donné sa majesté et sa grâce, c’était trop de dire : Il est envoyé, à moins d’ajouter : il procède. Il arrive bien souvent qu’un inférieur soit envoyé ; et ce n’est peut-être pas par sa propre volonté que cet envoyé va et vient. Par contre, l’Esprit-Saint, qui est personnellement Seigneur, n’est pas l’inférieur de celui qui l’envoie ; et lorsqu’il fut envoyé, c’est par sa propre grâce qu’il a daigné venir.
On a donc raison de dire aussi qu’il procède, afin que le mot même indique sa souveraine dignité personnelle et sa libre volonté. Qu’il procède, ce n’est pas un auteur quelconque, pas même un ange ou un prophète, c’est notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ en personne qui l’a déclaré le premier de sa propre bouche : Quand sera venu le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père. Et notons que, parlant de lui-même, il s’est servi de ce même verbe au passé : J’ai procédé du Père et je suis venu ; et ailleurs : Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. Par contre, quand il s’agit du Saint-Esprit, il parle non au passé mais au présent : Qui procède du Père. En effet, c’est autrement que lui-même a procédé du Père, naissant avant les siècles de la substance secrète du Père pour créer le monde, ce qui a été fait une fois pour toutes, ou assumant la chair pour devenir visible, d’invisible qu’il était, ce qui de même s’est produit une fois pour toutes, et c’est autrement que l’Esprit procède lorsqu’il dispense sa grâce à la créature qui en est le sujet, ce qui a lieu autant de fois qu’il vivifie ce qui était mort et remplit ce qui était vide.
Mais plus et mieux encore dans cette vie bienheureuse que nous espérons procède-t-il de la divine majesté par une procession éternelle, comme la chaleur procède de la substance du feu ; car, nous l’avons dit, il est lui-même l’amour, bien mieux le torrent de délices qui là ne tarit jamais.
