Actes 28, 1-14

Dans la face du premier homme, Dieu souffla le souffle de vie.

Rupert de Deutz

Les Oeuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 111s

Il souffla dans sa face le souffle de vie. Pour le premier homme, entendons simplement qu’après avoir enfanté le corps du limon de la terre, Dieu souffla dans sa face le souffle de vie, c’est-à-dire fit souffler en lui la substance créée d’une âme vivante. C’est ce que confirme l’Ecriture en ajoutant aussitôt : Et l’homme fut fait âme vivante. Mais quand il s’agit de celui-ci, il faut l’entendre en un sens plus digne et plus divin : Dans sa face souffla le souffle de vie, cela veut dire : Dans sa face souffla l’Esprit de vie, l’Esprit-Saint, son propre modeleur, l’artisan de sa pureté, afin de se reposer en lui et d’y demeurer en un éternel séjour. C’était bien là cette fleur sienne, ce repos sien que lui-même se promettait prophétiquement  en disant dans la bouche d’Isaïe (11,1-3) : Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur montera de sa racine, et l’Esprit du Seigneur se reposera sur elle : l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété. Et l’Esprit de la crainte du Seigneur le remplira.

Mais quelle est cette face dans laquelle souffla le souffle de vie ? Sans nul doute, la substance de l’âme raisonnable. Car personne n’a le droit de douter que le Saint-Esprit a fait tout l’homme, corps et âme, que le Verbe de Dieu a assumé tout l’homme. Le Verbe n’a pas joué le rôle de l’âme dans la chair, il n’a pas non plus assumé une âme irraisonnable et stupide. Mais le vrai Dieu a assumé une vraie chair et une vraie âme raisonnable, tout un vrai homme, et cela parce que l’homme avait péri tout entier dans son âme et dans son corps, qu’il fallait donc que le tout, âme et corps, fût assumé par le Rédempteur. C’est dans cette face, dans cette raison d’une âme glorieuse que souffla tout entier cet Esprit. Et par sa plénitude, il rendit la créature digne du Créateur, la substance créée digne du Dieu incréée ; il la rendit mûre par la sagesse, droite par l’intelligence, prudente par le conseil, constante par la force, diserte par la science, douce par la piété, humble par la sainte crainte.

Car le Verbe de Dieu n’avait pas besoin d’être rempli du Saint-Esprit, lui qui, de l’Esprit-Saint, procède comme de Dieu le Père ; mais l’âme créée de notre indigente nature avait besoin, étant créature ainsi que sa chair, de recevoir cet Esprit. Ce n’est pas avec mesure qu’elle le reçut, Jean l’atteste (3,34) : Dieu ne donne pas l’Esprit avec mesure. C’est tout entière, nous l’avons dit, qu’elle reçut la grâce septiforme de l’Esprit. Et c’est ainsi que l’homme fut fait vivifiant.