Actes 28, 15-31

Dieu fit sourdre du paradis le fleuve de la doctrine évangélique

Rupert de Deutz

Les Oeuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 115s

Dès le commencement, le Seigneur Dieu avait planté un paradis de délices, dans lequel il plaça l’homme qu’il avait formé. Et le Seigneur Dieu fit sortir de terre tous les arbres beaux à voir et portant des fruits bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du paradis, et l’arbre de la science du bien et du mal. Et un fleuve prenait sa source dans le lieu de délices pour arroser le paradis, et ce fleuve se divise en quatre branches (Genèse 2,8-10).

En vérité, même avant que cette fleur s’élevât de la tige ou de la racine de Jessé, le même Dieu Esprit-Saint avait planté un paradis spirituel de délices orné de tous les arbres beaux à voir, portant des fruits délicieux à manger ; mais sur aucun de tous ces arbres, il n’avait pu se reposer. Ce paradis était l’Eglise des saints antiques, patriarches et prophètes ; il y avait en elle tous ces arbres beaux et délicieux qu’étaient les pères saints et justes de l’Ancienne Alliance. Sur les fleurs de tels arbres, l’Esprit du Seigneur se posait par moments, car sur aucun d’entre eux l’Esprit ne pouvait se reposer en un perpétuel séjour.

Le Seigneur avait planté un tel paradis de délices dès le commencement, c’est-à-dire dès le premier élu ; l’Esprit-Saint, ô merveille, plaça un paradis spirituel en l’Homme nouveau. Qui s’en étonnera s’il considère sérieusement l’étendue de cette âme ? Elle n’est pas minuscule l’âme dans laquelle la plénitude de la divinité habite corporellement ! Pour tout dire, cette âme elle-même devint le paradis des délices de Dieu ; elle contenait, planté tout entier en elle, le paradis des Ecritures, avec l’arbre de vie au milieu du paradis, c’est-à-dire la substance même du Verbe éternel au milieu d’elle, et encore l’arbre de la science du bien et du mal, c’est-à-dire les tentations de notre infirmité assumée par le Christ. Car le premier homme ayant été, par le moyen de cet arbre, tenté et vaincu, on peut à bon droit voir en l’arbre du bien et du mal l’infirmité humaine, en laquelle celui-ci fut tenté, mais trouvé fidèle. Tenté, dis-je, en toutes choses pour nous être semblable, hormis le péché.

Cependant, d’une certaine manière, Dieu posa l’Homme nouveau, lui aussi, dans le paradis, le faisant ministre de la circoncision, pour qu’il opérât les œuvres de l’Esprit dans ce jardin de la Loi de son Père. Le fleuve qui sort pour nous de ce paradis est la doctrine évangélique. Le flot de cette doctrine se divise pour nous en quatre branches qui sont les quatre Evangiles, ou les quatre principaux sacrements du Christ : l’Incarnation, la Passion, la Résurrection et l’Ascension. C’est moyennant la foi à ces quatre sacrements et leur confession que les eaux du baptême irriguent le monde entier.