Matthieu 11, 25-30
| La Béatitude des petits |
Dom Ghislain Lafont
Jésus, Un pauvre parmi les pauvres, p. 86s
Jésus tout d’abord se tourne vers son Père et prie. A part la supplication de l’agonie, l’évangile ne nous donne pas d’autre texte de prière de Jésus. Dans ce dialogue avec son Père, Jésus célèbre un Mystère de Révélation. S’il a subi un certain échec auprès des sages et des intelligents, il se souvient de l’accueil que lui ont réservé des gens plus modestes, moins riches que les citadins, moins arrogants que les pharisiens. Ces gens, en définitive, ce sont ses disciples, depuis les premiers, appelés au bord du lac, à qui il pourrait dire, comme saint Paul aux Corinthiens (1 Co 1,26) : Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Paul, comme Jésus, voit dans cette élection des pauvres et dans l’accueil de l’Evangile une disposition merveilleuse de la bienveillance divine. Jésus éprouve la vérité de ce qu’il avait envoyé dire à Jean avec les mots du prophète Isaïe (61,1) : La Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Voilà une constante dans l’économie divine du salut dont Jésus s’émerveille, dont il rend grâce au Père qui en est la source et qui le console de la dureté des autres. Nous trouverons un autre écho de cet émerveillement de Jésus, au moment où il sera accueilli comme Roi au Temple de Jérusalem, et, à ce moment-là, il explicitera la citation du psaume qui entrevoyait prophétiquement cette béatitude des petits (Matthieu 21,16) : De la bouche des tout-petits et des nourrissons, tu t’es préparé une louange.
Avec le verset 27, l’initiative de la Révélation passe du Père, dont on vient pourtant de célébrer le bon-plaisir, au Fils à qui tout a été remis. Avec le mot Tout, il s’agit du Royaume qui vient, de la Bonne Nouvelle, de l’Evangile et de la gestion de son advenir. Puis il décrit en termes de sur-connaissance le rapport réciproque entre le Fils et le Père, de sorte que la révélation (versets 25 et 27), porte immédiatement sur cette sur–connaissance, et c’est le Fils qui la communique : en dernière analyse, le Royaume serait donc la sur–connaissance du Père. Mais celle-ci n’est pas je ne sais quelle illumination mystique, sans lien avec l’enseignement et la mission de Jésus : elle est donc ce qui se révèle de Dieu à celui qui vit, pourrait-on dire, divinement, c’est-à-dire en suivant Jésus doux et humble de cœur.
