Isaïe 59, 1-14

« La Sagesse s’est construit une maison »

Geoffroy d’Admont

Homélie 63, Lectionnaire de Solesmes, p. 301s

La Sagesse s’est construit une maison. La Sagesse du Père, Dieu éternel, disposant toutes choses avec suavité, s’est construit une maison, quand elle a consacré le palais virginal de la bienheureuse Marie pour l’habiter. Lorsqu’en effet quelqu’un veut construire une maison, en premier lieu, s’il voit quelque chose de superflu, dans le bois ou dans la pierre, il le retranche, puis il aplanit, pour qu’à la jointure de la construction, on puisse réaliser l’assemblage grâce à la bonne disposition des éléments. De même ce très sage architecte, le Père éternel, lorsqu’il a préparé pour son Fils cette très remarquable maison, a retranché d’elle absolument toute trace de péché, originel et actuel, de sorte qu’elle n’ait en elle aucune tache même légère, mais que, toute pure, toute sainte, elle convienne entièrement à l’habitation du Roi des cieux.

Cette maison ainsi préparée, par quelle élévation de vertus a-t-elle été soutenue ? Les paroles qui suivent le laissent entendre : Elle a dressé sept colonnes. Le nombre sept, qui se compose de quatre et de trois, fait valoir à nos yeux, dans ce passage, certains mérites spéciaux de vertus par lesquelles la grâce septiforme de l’Esprit Saint avait prémuni de toutes parts Notre Dame, Marie, car, en elle, la foi en la Sainte Trinité mettait pleinement en œuvre les quatre vertus cardinales, de force, tempérance, prudence et justice.

La Bienheureuse Vierge Marie fut réellement forte dans son dessein de chasteté, elle qui ne permit jamais que son corps ou son âme soient souillés par la tache du péché. Voyons aussi combien elle fut tempérante dans son silence, car, lorsque l’archange Gabriel lui eut rapporté la mission commandée divinement dans le secret des cieux, disant : Je Te salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, elle ne fut pas téméraire et empressée à répondre aussitôt, mais délibérant en son cœur, elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. Et parce qu’elle était forte dans son dessein de chasteté et tempérante dans son silence, elle fut aussi prudente dans sa réponse. Tandis que le même ange, en effet, venait de lui dévoiler la convenance et la cause de cette salutation inhabituelle, disant : Tu vas concevoir et enfanter un fils, elle demanda par une prudente interrogation dans quelles conditions et de quelle manière cela serait possible : Comment cela arrivera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? Car elle savait que son propos de virginité était très ferme, et elle s’étonnait de l’événement de cette conception. Et comme, en effet, dans son silence, elle avait fait preuve de tempérance, dans sa réponse de prudence, dans sa vraie humilité, elle fit montre d’une justice accomplie.