Job 3, 1-26

La vie maudite

Père Gaston Brillet

365 méditations sur la Bible, Tome 4 : la Sagesse, p. 12s

Job maudit sa naissance à peu près dans les mêmes termes que Jérémie (20,14) maudissait la sienne, et beaucoup d’autres avant et beaucoup d’autres depuis. Car la naissance, c’est le commencement des maux.

Il y a dans cette malédiction une accusation implicite des parents, comme un rejet sur eux de nos malheurs. Job rappelle, avec une sorte d’ironie amère, la joie que la nouvelle de sa naissance donna à ses parents et celle de son père en le recevant sur ses genoux pour l’accueillir et l’adopter.

Le souvenir de la naissance évoque la pensée du doux repos où il était avant de naître et du doux repos où la mort le mettra.

Ce repos, c’est celui du Shéol. Puisqu’on vit, reste la mort. Un Israélite ne pense pas au suicide, Job pense au lieu vague où somnolent les ombres vagues. Toutes ensemble, les grands messieurs aux grands tombeaux et les avortons qui ont manqué la vie… La vie, pourquoi la vie, dit-il.

Il pose le problème de la vie devant la souffrance et la mort, donc le mal. Car il y a l’action, le service de l’humanité et le service de Dieu.

Et si le reproche vise Dieu, il ne l’atteint pas. Job apprendra cela quand, à la fin du poème, il rencontrera Dieu et recevra sa leçon.

Le Job du Prologue est plus sage. Mais il ne faisait pas de discours.

C’est presque celui-là que nous entendons dans l’émouvante plainte finale : il souffre, il n’a à espérer que la souffrance. Il n’y a pour lui ni paix, ni repos.

Que la première leçon qu’il nous donne soit celle de notre attitude devant la souffrance, la nôtre et celle des autres.

Ne pas s’étonner de souffrir, ne pas s’étonner de gémir, ne pas s’étonner de sentir naître en soi des murmures, des révoltes mêmes. Les méthodes violentes ne sont pas bonnes avec personne. Mais laissons aussi gémir les autres se plaindre d’eux-mêmes, et de tous, et de tout. Il faut apprendre à relever un blessé, à redresser un malade. Dieu nous donne l’exemple.