Job 38, 1-30 + 40, 1-5

La conversion de Job

Père Gaston Brillet

365 méditations sur la Bible, Tome IV : La Sagesse, p. 42s

           Job confesse qu’il a parlé à la légère. Comment peut-il dire cela ? Cet homme respectable et convaincu, et d’ailleurs malheureux, qui n’a tenu que des discours sérieux contre d’autres discours sérieux, qui maniait les affirmations de sa science contre les affirmations de la science de ses amis…, cet homme s’aperçoit que la légèreté ne consiste pas seulement à parler de choses graves, mais aussi à parler gravement de choses qu’on fait légères par son ignorance et son irréflexion. Cette dernière espèce de légèreté, l’espace grave est d’observation quotidienne, du moins chez les autres, car elle est naturellement inconsciente. Job, lui, en prend conscience : Je ne te connaissais que par oui-dire, cela aussi est une découverte !

            Il pourrait expliquer en disant : Je connaissais mes idées de Toi ! Des idées, les miennes ! Mais maintenant mes yeux T’ont vu. C’est un axiome de la pensée religieuse d’Israël que l’homme ne peut pas voir Dieu. Job caractérise par le mot le plus naturel et spontané la méthode pédagogique de Dieu : l’intuition.

            Le danger de cette expérience d’illusion et d’erreur, surtout chez un homme qui marchait avec une telle confiance, et le danger de cette rencontre de Dieu était grand. Et beaucoup d’autres y auraient succombé. C’était le danger d’être écrasé.

            Job y échappe en s’humiliant. Une immense sagesse.

            L’autre sagesse de Job est sa foi. A Travers cette crise épouvantable, il n’a pas cessé de croire en Dieu. Tout vacillait à ses yeux. Les conseils de Dieu : Quel est celui qui brouille mes conseils ?, dit Dieu du sein de la tempête, et sa justice. Mais Dieu restait Dieu, l’inébranlable, incompréhensible.

            Mais Job était en danger de Le perdre et il Le trouve, de se perdre et il se trouve. Le chemin qui pouvait le mener à la perte était justement le chemin de sa propre justice. La justice devenant, chose étrange, un danger pour la religion.

            Job se sauve par sa suprême démarche et sa dernière parole : Je me repens sur la poussière et sur la cendre. Il se sauve, il se trouve, il s’achève. Car quelque chose a manqué à Job jusqu’ici, à quoi un Chrétien ne peut pas n’être pas très sensible : le sens de son humaine misère. Enfin, il se repent !