Qohèleth 1, 1-18

« Quel profit l’homme trouve à toute la peine qu’il prend sous le  soleil? »

Dom Benoït Sandeart

Le livre de Qohéleth, Commentaire, Prologue, p. 25s

Question pratique, question intéressée, en apparence du moins, tout utilitaire. Quel intérêt, profit, gain ? Qu’en gardera-t-il, l’humain, retiendra-t il comme reste ? Question fondamentale qui concerne le adam, la condition humaine, mais aussi l’individu. En grec, ho anthrôpos,c’est aussi l’homme dans sa singularité : Ecce homo, Voilà l’individu ! L’homme dans sa condition terrestre, éphémère, d’où il ne peut échapper. Fragilité, limitation existentielle.

Dans toute la peine qu’il se peine, qu’il se donne. La vie est peine, dupliquée par le verbe qui suit. Pour vivre, il faut se débrouiller, encore et encore. Notons amalo, laborieux, et olam, monde, en hébreu : deux fois les mêmes consonnes. Le monde, olam, a les mêmes lettres que le travail laborieux de l’être humain, amalo. D’où, question pratique, fondamentale, ouverte : la vie de l’homme a-t-elle un sens, une finalité, un reste intéressant, dans le cycle laborieux reprit sans cesse pour nouer les deux bouts, sous le soleil, inéluctablement.

En saisissant les deux versets suivants ensemble, on est tenté de penser que Qohéleth donne d’abord sa conclusion générale et ensuite pose la question fondamentale à laquelle la conclusion répond. Il n’y a pas pour lui pas de ytrôn, d’intérêt, de gain. Tout est vain !

Ces versets rappellent sans doute ce qui a été dit en Genèse 3 à l’homme, après la transgression de l’ordre divin : C’est à la sueur de ton front que tu travailleras pour ton pain. Ou encore : la terre/le sol est maudit(e) à cause de toi. Avec labeur tu tireras ta nourriture de lui, tous les jours de ta vie (Genèse 3,17).

On peut aussi se rappeler le verset sapientiel évangélique qui est en plein centre de l’évangile de Marc (8,34-9,1). Dans ces six versets très travaillés, disposés deux par deux, les deux versets du milieu formulent une double question rhétorique, d’allure sapientielle : Que sert à l’homme de gagner le monde entier s’il vient à perdre sa vie/son âme ? La réponse est rien. En effet, la vie/l’âme de l’homme ne peut être sauvegardée que dans un rapport de confiance et de fidélité au Maître, à l’envoyé de Dieu qui invite le destinataire à le suivre. Si ce dernier accepte, il découvrira un parcours qui va de la croix à la gloire, ces deux mots clefs que l’on trouve aux extrémités de cette grande invitation centrale de l’évangile (versets 34 et 38). Le lien avec l’ouverture de Qohèleth donne à ces deux textes une étrange parenté qui les rapproche l’un de l’autre : le souci de l’homme confronté aux limites de sa condition est au centre tant du traité de sagesse (Qohèleth 1,1-2) que de la proclamation d’une bonne nouvelle au nom de Jésus-Christ (Marc 1,1 et 8,35s).