1 Timothée 6, 1-10
Tout concourt au bien de ceux aiment Dieu
Saint Augustin
La Cité de Dieu, I, 1-10, p. 221s
Dites-moi s’il peut arriver aucun mal aux hommes de foi et de piété qui ne se tourne en bien pour eux ? Serait-elle vaine, par hasard, cette parole de l’Apôtre (Romains 8,28) : Nous savons que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Or, au sac de Rome, certains ont perdu tout ce qu’ils avaient. Mais ont-ils perdu la foi, la piété ? Ont-ils perdu les biens de l’homme intérieur, riche devant Dieu ? Voilà l’opulence des chrétiens, comme parle le très opulent Apôtre. Ceux qui ont perdu les richesses de la terre, s’ils les possédaient de la façon que recommande l’Apôtre, pauvres au-dehors, riches au-dedans, c’est-à-dire s’ils en usaient comme n’en usant pas (1 Corinthiens 7,31), ils ont pu dire avec un homme fortement éprouvé, mais nullement vaincu : Nu, je suis sorti du ventre de ma mère, je retournerai nu dans la terre. Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté. Que le nom du Seigneur soit béni (Job 1,21). Job pensait donc que la volonté du Seigneur était sa richesse, la richesse de son âme, et il ne s’affligeait point de perdre la vie qu’il lui faut nécessairement perdre à la mort. Quant aux âmes plus faibles qui, sans préférer ces biens terrestres au Christ, avaient pour eux quelque attachement profane, elles ont senti dans la douleur de les perdre le péché de les avoir aimés. Suivant la parole de l’apôtre que je viens de rappeler, elles ont d’autant plus souffert qu’elles avaient donné plus de prise à la douleur en s’embarrassant dans ces voies. Après avoir si longtemps fermé l’oreille aux leçons de la parole divine, il était bon qu’elles fussent rendues attentives à celles de l’expérience ; car lorsque Paul va dire peu après à Timothée : Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation, ce qu’il blâme dans les richesses, ce n’est pas de les posséder, mais de les convoiter ; aussi donne-t-il ailleurs des règles pour leur usage. Ceux qui faisaient un tel usage de leurs biens ont été consolés de pertes légères par de grands bénéfices, et ils ont tirés plus de satisfaction des biens qu’ils ont mis en sûreté en les employant en aumônes, qu’ils n’en ont ressenti de tristesse de ceux qu’ils ont perdus en voulant les retenir par avarice. Tout ce qu’ils n’ont pas eu la force d’enlever à la terre, la terre le leur a ravi pour jamais.
