Esther 1, 1-12
Portée religieuse du livre d’Esther
Père André Barucq
Le livre d’Esther, Fascicule d’introduction BJ, p. 82s
Du livre d’Esther, même réduit au seul livre d’Esther, se dégage le sentiment d’une foi confiante. Malgré le caractère religieusement neutre de ce texte, il est évident que l’auteur est convaincu de l’action incessante de Dieu en faveur de son peuple. L’admonestation de Mardochée à Esther est suffisamment éloquente.
Jamais nommé, Dieu mène tous les événements du drame, et les acteurs le savent. Si Mardochée est parvenu à un poste important, c’est en tant que Juif, membre du peuple de Dieu. Le lecteur pense tout naturellement à la providence de Dieu envers Joseph ou Daniel. Il en est de même pour Esther. Son accession au trône royal a un sens. C’est ainsi que s’accompliront les desseins miséricordieux de Dieu sur son peuple. Le jeûne d’Esther et de ses suivantes, la pénitence publique de Mardochée sont peut-être des marques de douleurs, mais ils visent aussi à se rendre Dieu favorable.
Mardochée affiche une confiance invincible dans le salut de son peuple, alors même que la reine se déroberait à toute démarche. Comme tout bon juif, il a une conception très religieuse de la rétribution morale. En face de lui, le juste, le serviteur intègre, désintéressé, loyal, se dresse Aman, intrigant, fat, susceptible, cruel. En bonne logique, le juste doit triompher du méchant. Qui donc opérera le renversement sinon Dieu ? L’auteur tait le nom divin, mais il suppose toujours Dieu en pleine action, conformément à la foi d’Israël. N’est-ce pas lui qui a délivré Daniel des mains de ses accusateurs ?
S’il était besoin d’une apologétique au livre d’Esther, n’aurait-elle pas plutôt à expliquer la complaisance un peu trop affichée en une vengeance bien cruelle et bien passionnée ? C’est beaucoup de sang demandé par la plus sympathique des reines, puis effectivement versé, pour un pogrom demeuré à l’état de projet. Ne suffirait-il pas à Esther de demander le retrait de l’édit persécuteur ?
L’auteur de ce livre n’a rien voulu d’autre qu’illustrer le thème du retournement de situations en faveur des opprimés.
