Matthieu 21, 33-43
Le refus d’Israël
Père Michel Quesnel
Jésus Christ selon saint Matthieu, p. 156s
Le refus d’Israël et sa conséquence, le rejet de Jésus, sont considérablement plus accentués chez Matthieu que chez les autres évangélistes, à travers un groupe de trois paraboles, puis par les invectives d’une violence inouïe dirigées contre les scribes et les pharisiens. L’évangile de ce jour, la parabole des vignerons homicides ou des métayers révoltés, est la seconde de ces trois paraboles ; elle existe aussi chez Marc et Luc, mais Matthieu y apporte sa touche personnelle.
L’intrigue est bien connue. Tout d’abord, Matthieu fait prononcer par les grands prêtres et les anciens la réponse à la question finale de Jésus : Lorsque viendra le Maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? Dans les récits parallèles, la question est purement rhétorique et Jésus y répond lui-même. Chez Matthieu, ce sont les chefs juifs qui donnent la réponse, prononçant eux-mêmes leur propre condamnation : Il fera périr misérablement ces misérables !
En second lieu, dans les quelques phrases de Jésus qui commentent cette réponse, Matthieu a en propre un verset qui ne figure pas chez Marc ni Luc, verset particulièrement sévère pour Israël : Ainsi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à une nation qui en produira des fruits. Terrible verdict : grands prêtres et anciens du peuple, les interlocuteurs de Jésus n’auront plus aucun rôle dans la croissance du Royaume. Leur place sera prise par une nation, en grec ethnos. Au pluriel, le mot désigne les nations païennes, l’équivalent des goyim hébreux. Au singulier, il n’a pas forcément ce sens précis. Jésus n’annonce pas purement et simplement le remplacement d’Israël par un peuple de païens, et le texte ne permet pas davantage de confondre avec l’Eglise historique cette nation à laquelle le Royaume va être donné. Si le texte fait allusion à l’Eglise, c’est en tant que ce peuple obéissant qu’elle est appelée à devenir. Le salut, pour elle, n’est pas un acquis, mais une tâche à accomplir.
Reste que, si une réalité historique n’est pas remplacée par une autre, les chefs d’Israël sont bel et bien démis de leur charge. C’est d’ailleurs ainsi qu’ils le comprennent En conséquence, Israël, comme peuple de l’Alliance et lieu privilégié du salut apporté au monde, est privé de son rôle spécifique. Il est, pour Matthieu, est train de devenir une nation comme les autres.
