Matthieu 22, 34-40
Le grand commandement
Saint Jean Chrysostome
Homélie 71, 1 sur saint Matthieu, OC 13, p. 1s
Voilà que les pharisiens cherchent le combat : ils envoient en avant un docteur de la Loi, non certes pour instruire Jésus, mais pour l’embarrasser. Il lui demande quel est le premier commandement. Puisque ce premier commandement est : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, ils espèrent que Jésus lui donnera l’occasion de l’accuser en changeant cet ordre, pour prouver qu’il est Dieu ; aussi pose-t-il cette question. Que répond le Christ ? Jésus, lui montrant qu’il sait pourquoi il est venu le trouver, qu’il n’a aucune affection pour Lui, mais qu’il est poussé, comme les pharisiens, par l’envie, car tous ils ont le cœur plein de méchanceté, Jésus leur dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ; voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi même. Pourquoi Jésus dit-il que le second est semblable au premier ? Parce qu’il sert de préparation au précédent, qui le renforce à son tour.
En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et se garde bien de se présenter au jour (Jean 3,28). Il est écrit encore : L’insensé a dit en son cœur : il n’y a pas de Dieu (Psaume 52,1). Qu’est-il résulté de là ? Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis (Psaume 13,3). Il est dit ailleurs (1 Timothée 6,10) : La racine de tous les maux, c’est l’avarice ; entraînés par cet appétit, quelques-uns ont abandonné la foi. Et le Sauveur dit aussi : Celui qui m’aime gardera mes commandements (Jean 14,15). Et tous ces commandements se résument dans cette formule : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, et votre prochain comme vous-même. L’amour de Dieu implique-t-il pas l’amour du prochain, puisqu’il a dit : Si tu m’aimes, Pierre, pais mes brebis. L’amour du prochain garantit l’observation de la Loi. C’est donc à bon droit qu’il ajoute : En cela, consiste la Loi et les Prophètes (Matthieu 22, 40).
Frères, voyez-vous, il est demandé au Seigneur quel est le premier commandement, et voilà qu’il énonce, en plus du premier, le second qui n’est pas inférieur au premier, étant de même nature et venant immédiatement après. Cette réponse fait entendre le mobile de la question : l’hostilité. La charité n’est pas jalouse, dira Paul (1 Corinthiens 13,4). Le Sauveur montre de plus par là qu’il respecte la Loi et les Prophètes.
