Sagesse 7, 15-30
Prendre du temps pour soi ?
Saint Bernard
De la considération, I, 5-6, p. s
Si tout ce qui fait ta vie et ta sagesse, tu les donnes à l’action, sans rien réserver pour la réflexion et la méditation, vais-je te louer ? Non, en cela je ne louerai pas. Et il ne se trouvera personne, je pense, pour le faire, s’il a entendu cette parole de Salomon : Qui limite son action acquerra la sagesse. Et assurément, l’action elle-même a besoin d’être précédée par la réflexion.
Par ailleurs, si tu veux être tout entier à tous, à l’exemple de celui qui s’est fait tout à tous, je loue ton humanité, mais à condition qu’elle soit pleine et totale. Or, comment le serait-elle, si tu t’en exclus ? Toi aussi, tu es un homme. Donc, pour que ton humanité soit pleine et entière, il faut qu’elle t’inclue, toi aussi, dans cette ouverture du cœur que tu réserves à tous. Autrement, que te sert-il, comme disait le Seigneur, de gagner l’ensemble des hommes, si toi tu te perds ? Ainsi, puisque tu es le bien de tous, sois toi-même l’un de ceux qui te possèdent. Pourquoi serais-tu le seul à être privé de cette faveur ? Jusqu’à quand ton esprit va-t-il s’éloigner sans revenir à toi ? Jusqu’à quand vas-tu négliger de te recevoir toi-même, à ton tour, parmi ceux qui se présentent ? Tu te dois aux sages et aux ignorants, et à toi seul tu te refuserais ? Le fou et le sage, l’esclave et l’homme libre, le riche et le pauvre, l’homme et la femme, le vieillard et l’adolescent, le clerc et le laïc, le juste et l’impie : tous pareillement se partagent ta vie, tous, comme à une fontaine, publique, puisent à ton cœur, et toi, tu te tiendrais à part mourant de soif ? Si l’on déclare maudit celui qui se fait la part la plus mauvaise, que dire de celui qui s’exclut totalement du partage ? Oui, que tes eaux se répandent sur les places, que les hommes et le bétail s’y désaltèrent ; verse à boire même aux chameaux du serviteur d’Abraham. Mais, parmi eux tous, bois, toi aussi, à l’eau jaillissante de ton puits. Souviens-toi donc, je ne dis pas toujours, je ne dis pas même souvent, mais au moins de temps en temps, de te rendre toi-même à toi. Parmi beaucoup d’autres, ou même après beaucoup d’autres, recours à tes services.
