Actes 25, 1-27

Le Fils procède du Père, l’Esprit-Saint du Père et du Fils

Rupert de Deutz

Les Oeuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 71s

Il y a encore cette différence : le Fils a procédé du Père seul, ceci en sa naissance comme nous l’avons dit. Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Car, de ce que le Fils de Dieu a dit : L’Esprit de vérité qui procède du Père, il ne s’ensuit pas qu’il ne procède pas aussi du Fils, puisque lui-même avait commencé par dire : Que je vous enverrai d’auprès du Père. C’est un sens beaucoup plus élevé qu’il a voulu faire entendre en distinguant ainsi : Celui que je vous enverrai d’auprès du Père,l’Esprit de vérité qui procède du Père.

Sachons en effet que,sous le nom de Père, il faut entendre tantôt une des trois personnes, tantôt, sans distinction de personnes, Dieu, la divinité. La valeur de cette distinction apparaît tout de suite si l’on pèse comme il se doit les mots évangéliques. Le Fils de Dieu lui-même dit tantôt absolument le Père, tantôt avec un possessif ; Mon Père, de mon Père. Lorsqu’il qualifie ainsi le Père, il oppose sans aucun doute les personnes du Père et du Fils, et ce qu’il dit alors de lui-même est très au-dessus de sa forme d’esclave. Par exemple : Jusqu’à présent, mon Père agit et moi aussi j’agis. De même : Je suis venu au nom de mon Père. Et ailleurs : Je monte vers mon Père et votre Père.

Lorsque au contraire, il dit absolument : le Père, il ne veut pas donner à entendre une personne en particulier, mais tout ensemble le divinité une du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint. Les paroles qu’il dit alors sur lui-même sont plus humbles et ne dépassent pas sa forme d’esclave : Le prince de ce monde vient et il n’a rien en moi, mais c’est pour que le monde sache que j’aime le Père, et j’agis selon le mandat que m’a donné le  Père. Cette manière de dire : Lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, ne soulève aucune difficulté et même sert grandement la foi. Pourquoi en effet, après avoir dit : Que je vous enverrai, ajoute-t-il : D’auprès du Père, si ce n’est pour faire comprendre que le Fils de Dieu envoie le Saint-Esprit, non de la pauvreté de sa nature humaine, mais de l’opulence de sa nature divine ? Et pourquoi dit-il : Qui procède du Père, et non : De mon Père, si ce n’est que le Saint-Esprit procède, non d’une seule personne, mais de la majesté divine sans distinction des personnes ?