Actes 26, 1-32
| « L’Esprit-Saint surviendra en toi » |
Rupert de Deutz
Les Oeuvres du Saint-Esprit, Tome I, SC 131, p. 83s
Dieu, le Père, que la Synagogue connaissait seul et à peine, était son époux et réclamait avec un zèle jaloux d’être tenu pour époux légitime : Au moins, maintenant, appelle-moi : Mon époux (Jérémie 3,4). Il était donc époux. Mais comment tout l’intérêt d’un tel époux, tout son fruit, toute son affection, tout son amour, toute sa force, toute sa puissance d’engendrer se portèrent sur cette Vierge quand vint la plénitude des temps, c’est elle qui en fit l’expérience qui en soit le mieux. Pour nous, nous avons seulement entendu ces paroles inoubliables pour l’éternité, les paroles de l’Archange Gabriel disant : L’Esprit-Saint surviendra en toi et la force du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’Etre saint qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu.
Ces paroles, nous les avons seulement entendues. Elle, elle les entendit la première et, en croyant à ce qu’elle entendait, elle mérita le bonheur de faire aussitôt l’expérience de ce qu’elle avait entendu. En effet, lorsque, dans sa promptitude à croire, elle ouvrit son esprit et sa bouche, pour dire : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole, aussitôt, selon la parole de l’ange, l’Esprit-Saint survenant en elle, se répandit par les portes ouvertes de la foi. Où se répandit-il ? D’abord dans le sanctuaire de son chaste cœur, puis dans le temple de son sein sacré et virginal : dans la demeure de son cœur pour faire d’elle une prophétesse, dans son sein pour faire d’elle une mère. C’est bien elle, en effet, la prophétesse dont le saint prophète Isaïe parle avec exultation : Je m’approchai de la prophétesse, et elle conçut et enfanta un fils.
Devons-nous croire que lui seul ait approché cette prophétesse ? Et nous étonnerons-nous qu’il ait pu l’approcher ? Mieux que cela, tous les saints prophètes, Moîse le premier, se sont approchés, n’en doutons pas, de cette prophétesse ! Tous sans exception sont venus à elle, car les grâces partielles, les prophéties particulières de tous et de chacun se sont réunies dans cette prophétie, y ont conflué au moment où le Saint-Esprit survenait en elle. Et Isaïe, bien plus, tous les prophètes se sont estimés à bon droit bienheureux lorsqu’ils surent qu’ils approcheraient ainsi de cette prophétesse, lorsqu’ils reconnurent que chacun d’eux apportait quelque chose du Verbe saint à ce Temple de Dieu, à ce sanctuaire du Saint-Esprit. Car cette Bienheureuse Vierge ne reçut pas comme chacun d’eux une grâce particulière du Verbe, mais, quand survint l’Esprit-Saint en elle, elle reçut de lui toute la substance du Verbe de Dieu, recevant la plénitude de la grâce du Saint-Esprit, concevant le Verbe Dieu dans son esprit avant de le concevoir dans son sein.
