Luc 1, 57-66 + 80
| La mission du Précurseur |
Saint Thomas d’Aquin
Le témoin du Verbe Incarné, La Vie spirituelle, n° 13 (1925), p. 355s
On lit dans les Proverbes (16,4) que tout ce que Dieu a fait, il l’a fait pour soi. Non pas qu’il en reçoive quelque accroissement, lui qui n’a pas besoin de nos biens, mais afin que sa bonté se manifeste dans ses œuvres, car ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres (Romains 1,20). Toute créature vient donc pour rendre témoignage à Dieu puisque toute créature est une preuve de sa bonté ; si elle est grande, elle manifeste la force de Dieu et sa toute-puissance, si elle est belle, elle manifeste la divine sagesse. Certains hommes reçoivent une vocation spéciale, ils rendent témoignage à Dieu non pas seulement à un point de vue naturel, par leur être, mais bien au point de vue spirituel, par leurs bonnes œuvres. Tous les saints sont des témoins de Dieu, car leurs bonnes œuvres glorifient le Seigneur auprès des hommes, selon le conseil du Christ : Que votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient le Père des cieux (Matthieu 5,16). Cependant, ceux qui ne se contentent pas de recevoir des dons divins pour bien agir, mais aussi les communiquent à d’autres en prêchant, en encourageant, en exhortant, ceux-là sont plus spécialement encore des témoins de Dieu. Jean est un de ces témoins, venu pour répandre les dons de Dieu et annoncer ses louanges.
Cet office de témoin est très beau, car nul ne peut rendre témoignage à une chose qu’à la condition d’y participer. Jésus lui-même disait : Nous parlons de ce que nous savons, nous attestons ce que nous avons vu (Jean 3,11). Rendre témoignage à la vérité divine, cela suppose que l’on connaît cette vérité. C’est pourquoi lui aussi a revendiqué cette fonction : Je suis venu en ce monde et je suis né pour attester la vérité (Jean 18,37). Mais il l’avait d’une manière différente de celle de Jean. Le Christ comprenait cette lumière, bien plus il était cette lumière même, tandis que Jean y participait seulement ; aussi le Christ rend-il un témoignage complet, il manifeste la vérité ; Jean et les autres saints ne le font que dans la mesure où ils reçoivent cette vérité. Fonction sublime quand même ! Cela ressort de la participation à la lumière de Dieu et de la ressemblance avec le Christ qui s’est acquitté, lui aussi, de cet office. Voici, annonçait Isaïe (55,4), je l’ai donné comme témoin aux peuples et comme chef directeur aux Nations.
