Philippiens 3, 1-16

Envoi de Barnabé

Daniel Marguerat

Les Actes des Apôtres (1-12), p. 412s

La nouvelle d’une fructueuse évangélisation d’Antioche parvenant aux oreilles de l’Eglise de Jérusalem, celle-ci délègue Barnabé à Antioche. Celui-ci est mandaté pour passer jusqu’à Antioche lors d’une tournée missionnaire. Le mandat ne provient pas des apôtres, mais de l’Eglise comme telle : Ils envoyèrent. Le narrateur fait entendre subtilement qu’à cette période le leadership apostolique sur la communauté est en train de s’éteindre : preuve est que Pierre se réfèrera à Jacques, frère de Jésus, en 12,17, et que le produit de la collecte pour les frères de Judée sera remis anciens (11,30). Cette intrusion de l’Eglise des origines est très conforme au souci lucanien d’un développement cohérent de la chrétienté, déjà perceptible en Samarie (8,14-17) : il ne s’agit pas d’assurer un contrôle institutionnel ou de légaliser l’opération, mais d’en vérifier la légitimité spirituelle et d’assurer le lien avec l’Eglise des origines. Barnabé assume manifestement à Antioche un rôle de confirmation et de soutien (verset 23). Il certifie que ce qu’il voit est l’effet de la grâce de Dieu ; sa réjouissance est la réaction typique devant le salut. Il soutient les croyants par une exhortation à demeurer attachés au Seigneur par l’intention du cœur, c’est-à-dire avec détermination. Après la conversion, Barnabé encourage donc à persévérer. Son action est pastorale.

Un commentaire du narrateur fait en passant l’éloge du personnage : c’était un homme bon, rempli d’Esprit-Saint et de foi. Luc aime bien mettre en relief les qualités spirituelles des témoins du Christ. En Barnabé, qualités intrinsèques (bonté et foi) et disponibilité à l’agir de Dieu (Esprit-Saint) se conjuguent. Le résultat de cette action bénéfique suit les stéréotypes lucaniens : comme à Jérusalem après la première Pentecôte, une foule considérable a été ralliée au Seigneur. La formule est connue depuis les grands sommaires du début des Actes, avec le même verbe que l’on peut traduire : ajouter, adjoindre, rallier. Notons le crescendo : on est passé du grand nombre à la foule considérable ! Luc aime ce dernier adjectif qu’il utilise à dix-huit reprises dans les Actes. Pour ce nouveau commencement qu’est l’ouverture de la mission universelle, le narrateur reproduit l’atmosphère et les stéréotypes de l’âge d’or du début des Actes.