Philippiens 2, 12-30

« Avec crainte et tremblement »

Saint Jean Chrysostome

Huitième homélie sur l’épître aux Philippiens, OC 18, p. 530s

Il est prudent de mêler aux avis les louanges : les avis sont sûrement accueillis avec ferveur lorsqu’ils ont pour but d’exhorter les disciples à l’imitation de leurs propres vertus. C’est ainsi qu’agit Paul en ce moment, et voyez avec quelle prudence : Pour vous, en effet, mes frères bien-aimés. Il ne leur dit pas simplement : Obéissez. Il commence par les louer et par leur dire : Conformément à l’obéissance que vous avez toujours observée. Ce que je vous engage à faire, c’est de prendre, non les autres, mais vous-mêmes pour sujet d’imitation.

Non seulement quand j’étais parmi vous, mais plus encore maintenant que je suis éloigné. Alors, peut-être, vous paraissiez céder à la déférence et au respect dont ma personne vous semblait digne : présentement ce ne sera plus cela. Conséquemment, si vous allez encore plus loin en fait de zèle et de ferveur, il en résultera manifestement que vous agissez de la sorte en vue de Dieu, non en vue de moi-même. – Que voulez-vous donc pour vous, ô Paul, je vous le demande ? – Ce que je veux, c’est que, ne songeant pas à moi, vous accomplissiez avec crainte et tremblement votre propre salut. Car quiconque vit en dehors de toute crainte ne saurait rien faire de grand et de solide. Il n’y a pas seulement avec crainte, mais bien plus encore, avec tremblement, ce qui exprime un degré de frayeur plus marqué, et ce qui piquait plus vivement leur attention. Cette crainte, Paul l’éprouvait ; aussi disait-il : Je crains qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé (1 Corinthiens 9,27). Si les liens de cette vie ne peuvent s’acquérir sans crainte, comment en serait-il autrement des biens spirituels ? Dites-moi, je vous prie, qui donc a, sans avoir à craindre, appris les lettres ? Qui donc s’est fortifié dans son art d’une autre manière ? Or, si là où le diable intervient peu activement, où la paresse est le seul obstacle à surmonter, cet obstacle ne peut l’être qu’avec le secours de la crainte ; comment en des épreuves si terribles, au milieu d’obstacles si effroyables, pourrions-nous arriver sans ce même secours à nous sauver ? Et comment exciterions-nous cette crainte en nos âmes ? – En vous pénétrant bien de cette pensée que Dieu est partout présent, qu’il entend tout, qu’il voit tout, nos paroles comme nos actions, et ce qui se passe au fond de nos cœurs, ce qui se cache dans l’intime de la pensée. Il discerne jusqu’aux pensées et aux mouvements du cœur (Hébreux 4,12).