Philippiens 1,27 – 2,11

«  il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort »

Benoît XVI

Homélies, p. 194s

L’écrivain russe Léon Tolstoï raconte l’histoire d’un souverain sévère qui demanda à ses prêtres et à ses sages de lui montrer Dieu afin qu’il puisse le voir. Les sages ne furent pas en mesure de satisfaire son désir. Alors un pasteur, qui était à peine rentré des champs, se proposa d’assumer la tâche des prêtres et des sages. Le roi apprit de lui que ses yeux n’étaient pas suffisants pour voir Dieu. Alors, il voulut au moins savoir ce que Dieu faisait. « Pour pouvoir répondre à ta question, dit le pasteur au souverain, nous devons échanger nos vêtements ». Avec hésitation, mais toutefois poussés par la curiosité pour l’information attendue, le souverain y consentit ; il remit ses vêtements royaux au pasteur et se fit revêtir du simple habit de l’homme pauvre. Et voilà alors la réponse qu’il entendit : « C’est cela que Dieu fait ». De fait, le Fils de Dieu, vrai Dieu, né du vrai Dieu, a abandonné sa splendeur divine : Il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même… jusqu’à mourir sur une croix. Dieu a accompli, comme le disent les Pères de l’Eglise, le sacrum commercium, l’échange saint : il a assumé ce qui était à nous, afin que nous puissions recevoir ce qui était à lui, devenir semblables à Dieu.

Saint Paul, à propos de ce qui se passe lors du baptême, utilise explicitement l’image du vêtement : Vous tous que le baptême a uni au Christ, vous avez revêtu le Christ (Galates 3,27). Voilà ce qui s’accomplit dans le baptême : nous nous revêtons du Christ. Il nous donne ses vêtements et ceux-ci ne sont pas quelque chose d’extérieur. Cela signifie que nous entrons dans une communion existentielle avec lui, que son être et le nôtre confluent, s’interpénètrent réciproquement. Ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi, c’est ainsi que saint Paul décrit l’événement de son baptême dans la Lettre aux Galates (2,2). Le Christ a revêtu nos vêtements : la douleur et la joie de l’être humain, la faim, la soif, la fatigue, les espérances et les déceptions, la peur de la mort, toutes nos angoisses jusqu’à la mort. Et il nous a donné ses vêtements. Ce qu’il expose dans la Lettre aux Galates comme simple fait du baptême, le don du nouvel être, Paul le présente dans la Lettre aux Ephésiens comme un devoir permanent : Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, de l’homme ancien qui est en vous. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu.