Job 11, 1-20

Intervention de Cophar : Reviens à Dieu

Antoine Nouis

Commentaire de la Bible, Tome 3 : Les Livres poétiques, p. 45s

            Le troisième ami de Job prend la parole et se lance dans un réquisitoire encore plus sévère que les deux autres. Il est agacé par le flot des paroles de Job, et ne supporte pas la défense de son ami. Suffirait-il d’être loquace pour avoir raison ? Bien sûr que non, mais cela ne veut pas dire non plus qu’il a tort.

            Quelles sont les vantardises de Job ? Il n’a fait que dire son épreuve et son incompréhension de l’attitude de Dieu. Te moqueras-tu ? De qui Job se moque-t-il ? Cette accusation est plutôt la marque de ses amis devant son épreuve.

            Job n’a jamais dit qu’il savait tout, il a plutôt dit qu’il ne comprenait pas son épreuve. Il n’a jamais dit qu’il était pur, mais qu’il n’était pas méchant. La technique qui consiste à caricaturer les arguments de son interlocuteur pour mieux les réfuter est vieille comme le monde.

            Plutôt que de prendre la défense de son ami, Cophar prend la défense de Dieu. A Job qui dit que son épreuve est disproportionnée par rapport à ses fautes, Cophar répond que Dieu laisse dans l’oubli une partie de sa faute, c’est-à-dire qu’il mériterait d’être châtié encore plus sévèrement. Dans le psaume 138, la grandeur de Dieu suscite l’émerveillement du fidèle : Prodige de savoir qui me dépasse, hauteur où je ne puis atteindre ; chez Cophar, elle abaisse l’humain qui n’a plus qu’à se taire. Ces versets sont justes. Dieu est plus grand que ce qu’on peut imaginer, mais la dignité de l’humain est qu’il peut se tenir devant Dieu sans être écrasé, ce qui n’est pas la lecture de Cophar ; pour lui, personne ne peut s’opposer au Seigneur, c’est pourquoi Job doit se taire. Et Cophar de lui dire : Dieu connaît les hommes faux, il voit le mal. L’accusation est limpide, le verdict s’impose : Job est coupable et mérite le mal qui l’affecte. En somme, il lui reproche d’être insolent en cherchant à défendre son innocence. Puisque Dieu voit tout, il connaît les fautes de son serviteur ; et puisque Dieu est juste, il punit ceux qui se sont éloignés de lui. Son discours se termine par une promesse de restauration si Job s’éloigne du mal. Cette conclusion est une accusation sur sa situation actuelle.