Job 7, 1-21

Job reprend sa plainte

Georgette Chéreau

Job et le mystère de Dieu, Un chemin d’espérance, p. 65s

            Job cherche par lui-même les causes de son amertume. Du moins va-t-il parler à ce Dieu qu’il ne se résout pas à penser comme un pouvoir arbitraire et méchant, même s’il semble se dérober. Il essaie d’abord de comprendre ce qui lui arrive en observant le reste de la création. Dieu impose une limite à la mer pour qu’elle n’occupe pas toute la surface de la terre ; il enferme les monstres marins sous les eaux pour qu’ils ne fassent pas de dégâts ailleurs.

            Faut-il que l’innocent paie pour le coupable ? Job cherche alors un répit dans le sommeil, mais des cauchemars ne cessent de l’effrayer. Sa force, ses os ne servent plus qu’à prolonger son tourment et ses pensées amères.

            Puis le questionnement de Job se fait plus incisif : Qu’est-ce que l’homme pour que tu en fasses cas ? Qui donc est l’homme pour que tu en gardes mémoire ? Pourquoi le tourmenter sans cesse ? Jusqu’à quand ? Laisse-moi avaler la salive au lieu de m’épier sans cesse pour me prendre en faute. Tu me regardes comme une cible. Patiente ! N’est-il pas temps de fermer les yeux sur mes éventuelles transgressions ? Je n’en ai plus pour longtemps. Tu chercheras et je ne serai plus. Me chercher est pourtant le signe que tu reconnais mon existence comme précieuse. Comment accorder tout cela ? N’es-tu pas un Dieu de miséricorde, un Dieu qui sait pardonner, un Dieu qui cherche l’amitié de l’homme ? Or bientôt, il sera trop tard : je ne pourrai plus te louer. Peux-tu rester indifférent ?

            Job a examiné les raisons possibles de son épreuve : Dieu a voulu empêcher le mal qu’il aurait pu causer aux autres. La souffrance est un lieu privilégié pour découvrir qui l’on est et solliciter la miséricorde de Dieu, si l’on a péché. Mais son questionnement est une plainte : comment concilier l’amitié de Dieu avec cet acharnement ?

            Il est difficile pour celui qui est dans la douleur de reconnaître la bonté attentive de Seigneur. Quand nous souffrons, notre détresse prend tout notre champ de conscience et nous ne parvenons pas à nous figurer le regard que Dieu nous porte, sinon précisément par ce sens inné de l’absurdité de la souffrance, ce sentiment qu’elle est injuste, imméritée. Notre être qui s’insurge contre Dieu, n’est-il pas justement celui que Dieu atteint ? Voir dans la souffrance le chemin d’une grâce purificatrice prend du temps, celui qui est nécessaire pour apprendre la confiance.