Job 6, 1-30
| La plainte de Job |
Père Jean Radermakers
Dieu, Job et la Sagesse, p. 86s
L’expérience de Job est que Dieu le poursuit et le tourmente légitimant son indignation (versets 2-7) et sa revendication (versets 8-13). Dans sa réponse à son ami, il commence par emprunter une image aux tractations commerciales : peser à la balance afin de comparer au poids son affliction avec les sables des mers. Or, c’était pour Abraham le symbole d’une descendance nombreuse, et pour les prophètes le signe de l’incommensurable.
Le Oui maintenant du verset 3 signale généralement un tournant dans les oracles prophétiques : le passage à l’actualité. Impossible pour Job de réfléchir calmement, comme Eliphaz le lui suggérait, et de croire que le Seigneur endolorit mais guérit, blesse mais panse.
Ce qu’il expérimente, c’est l’acharnement divin sur lui. Les flèches empoisonnées de Shaddaï introduisent le thème du dieu-archer que connaît le Proche-Orient ancien : Ugarit et la Syrie voient dans le dieu Rèshef, c’est-à-dire la foudre, l’éclair, l’agent qui envoie les maladies, la peste notamment, et les calamités du monde. En Israël, Dieu bandant son arc fait parties de certaines théophanies ; les flèches de Dieu représentent les châtiments divins atteignant le peuple dans ses forces vives, ou l’individu dans sa chair.
Le souffle de Job boit le venin des flèches et la colère enfiévrante de Dieu. Dans le psaume 88,14-17 et en Jérémie 8,14-15, le châtiment est motivé par le péché du peuple ; pour Job, c’est pure hostilité de la part de Dieu. Dans ce contexte, l’image de Dieu en fonction d’archer évoque plusieurs réalités : les interventions punitives du Dieu de l’Alliance : Job refait l’expérience d’Israël sous la colère de Dieu, avec cette différence que, pour sa part, il a conscience d’être innocent. Dieu s’est choisit une victime qu’il vise en sa chair, c’est l’extériorité, et en son cœur, c’est l’intériorité. L’œuvre de mort se poursuit : les flèches sont en moi, avec moi, comme l’obsession de la colère divine. Enfin, les terreurs de Dieu assiègent Job comme une ville forte.
