Job 5, 1-27

« Au jour de l’angoisse, je t’appelle, car tu me répons, ô mon Maître »

Saint Augustin

Sermon sur le psaume 85,11, OC 13, p. 567s

            Au jour de l’angoisse, je t’appelle, car tu me répons, ô mon Maître. Peu auparavant, le psalmiste avait dit : Tu es mon Dieu, pitié pour moi, ô mon Maître, c’est toi que dans mon angoisse j’appelle tout le jour. Tout le jour, nous le savons, veut dire en tout temps. Quoi donc ? Quand tout va bien, peut-on dire que l’on est dans l’angoisse ? Serait-ce donc en tout temps, chaque jour, que le chrétien crie, plein d’angoisse, vers le Seigneur. Oui, frères, on est bien dans l’angoisse même quand tout va bien. D’où vient cette angoisse ? De ce que nous sommes loin du Seigneur, tant que nous habitons dans notre corps. Quelle que soit l’abondance dont nous jouissions, nous ne sommes pas encore dans notre vraie patrie, celle que nous avons hâte d’habiter. Celui à qui l’exil est doux n’aime pas sa patrie ; si la patrie lui est douce, l’exil lui est amer, et si l’exil lui est amer, il est tout le jour dans l’angoisse. Quand cessera cette angoisse ? Quand, dans la patrie, ce sera le temps de la plénitude de la joie parfaite, et que cette joie ne sera que délices éternelles.

            Là, plus de douleurs, plus de gémissements ; là, ce ne sera plus que prière, louange, concert avec les anges, un éternel Alleluia, un éternel Amen, la vision de Dieu sans fin, l’amour de Dieu sans lassitude. Tant que nous ne serons pas au ciel, nous ne serons pas dans la Béatitude parfaite, totale. Mais au ciel, comblés de richesses, tous les biens de ce monde afflueront vers nous, et nous serons assurés de ne point les perdre ; Dieu, du haut du ciel, nous dira que nous serons éternels au milieu de tous les biens du monde, que ces biens seront éternels. Ne consultez pas la chair, consultez l’esprit. Que notre cœur nous réponde, que l’espérance, la foi et la charité, qui commencent à naître en nous, répondent.

            Supposons que nous recevions de Dieu l’assurance d’avoir tous les biens de ce mode en abondance et de pouvoir en jouir éternellement, mais que Dieu nous dise : Vous ne verrez pas mon visage, trouverions-nous dans tous ces biens une source de joie ? Peut-être quelqu’un s’empresserait de se réjouir et dirait : J’ai toutes ces richesses en abondance, tout est bien pour moi, je ne demande rien de plus. Un tel homme n’a pas commencé à aimer Dieu ; exilé, il n’a pas commencé à soupirer après la vraie patrie.