1 Corinthiens 1,18-2,5 ou 1 Corinthiens 4,1-16

La mort de saint Jacques

Eusèbe de Césarée

Histoire Ecclésiastique, II, XVIII, 4-18, SC 31, p. 86s

           Le frère du Seigneur, Jacques, reçut la charge de l’administration de l’Eglise avec les apôtres. Depuis les temps du Seigneur jusqu’à nous, tous l’appellent le Juste, en effet, beaucoup portaient le nom de Jacques. A cause de son éminente justice, on l’appelait le Juste et Oblias ce qui signifie en grec rempart du peuple.

            Beaucoup, même parmi les responsables qui avaient cru, une agitation gagna Juifs, scribes et pharisiens : Tout le peuple, disaient-ils, court le risque de voir, en Jésus, le Christ. Ils allèrent ensemble près de Jacques et lui dirent : Nous t’en prions, retiens le peuple, car il se trompe sur Jésus, comme s’il était le Christ. Nous t’en prions, persuade tous ceux qui viennent pour le jour de Pâques : Jésus n’est pas le Chrit, car tous nous avons confiance en toi. Nous te rendons en effet témoignage, ainsi que tout le peuple : toi, tu es juste et tu ne fais acception de personne. Persuade donc la foule de ne pas s’égarer au sujet de Jésus, car tout le peuple et nous tous, nous te faisons confiance. Tiens-toi donc sur le pinacle du Temple, afin que, de là-haut, tu sois en vue et que tes paroles soient entendues de toute le peuple. Car à cause de la Pâque, toutes les tribus d’Israël et même les païens se sont rassemblés.

            Les scribes et les pharisiens placèrent donc Jacques sur le pinacle du Temple, et lui crièrent en disant : Juste, en qui nous devons tous avoir confiance, puisque le peuple se trompe au sujet de Jésus, le crucifié, annonce-nous qui est Jésus. Du haut du pinacle, Jacques le Juste répondit à haute voix : Pourquoi m’interrogez-vous sur le Fils de l’homme ? Il est assis au ciel, à la droite de Dieu, il viendra sur les nuées du ciel. Beaucoup furent entièrement convaincus et glorifièrent le témoignage de Jacques, en disant : Hosannah, au fils de David. Par contre, les mêmes scribes et les pharisiens se disaient les uns aux autres : Nous avons mal fait de procurer un tel témoignage à Jésus. Montons donc et jetons-le en bas, afin que tous aient peur et ne croient pas en lui. Alors ils crièrent, disant : Oh ! Oh ! Même le Juste a été égaré. Ils accomplirent alors la prophétie d’Isaïe (3,10) : Enlevons le Juste parce qu’il nous est insupportable. Ils montèrent donc et jetèrent en bas le Juste. Ils se disaient les uns aux autres : Lapidons Jacques le Juste, et ils commencèrent à le lapider car, jeté en bas, il n’était toujours pas mort. S’étant retourné, Jacques se mit à genoux en disant : Je t’en prie, Seigneur Dieu Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Un foulon, ayant pris le bâton avec lequel il foulait les étoffes, frappa sur la tête du Juste, et celui-ci lui rendit témoignage.