Matthieu 20, 20-28

Le Royaume du Fils de l’homme

Père Michel Quesnel

Jésus-Christ selon saint Matthieu, p. 62s

           Dans la scène du jugement dernier chez Matthieu, le juge est présenté sous les traits d’un berger ; si l’agir est celui d’un berger, les termes utilisés pour le désigner sont le Fils de l’homme (25,31) et le Roi (25,34.40). Fils de l’homme est alors un titre de Jésus Roi exerçant la justice, fonction normale pour tout roi de l’Antiquité et du Moyen Age. Le Fils de l’homme matthéen est donc roi.

            La mère des fils de Zébédée parle à Jésus de son Royaume ; bien entendu, elle n’utilise pas l’expression Fils de l’homme, mais Jésus, dans sa réponse, se nomme ainsi (20,28), confirmant pour ainsi dire ses discours précédents.

            Selon toute probabilité, l’idée du Royaume du Fils de l’homme vient de la vision plusieurs fois évoquée du livre de Daniel. Le texte araméen parle de royauté, mais le grec biblique n‘a pratiquement qu’un mot pour dire règne, royaume, et royauté : basileia. Matthieu n’est pas le premier à confondre les trois, la traduction grecque du livre de Daniel le faisait déjà. Il semble pourtant que le terme ait plutôt le sens de règne dans la traduction grecque de Daniel, alors que la dimension locale qu’il a chez Matthieu fait souvent préférer l’équivalent français royaume.

            Le contenu du terme n’est cependant pas facile à préciser, et ce d’autant plus que plusieurs emplois conduisent à diversifier les sens. Dans l’explication de la parabole de l’ivraie, il s’agit d’un espace tel qu’on puisse être dedans ou dehors (13,41) ; certains auteurs ont pensé que ce Royaume pouvait être identifié à l’Eglise, mais cette conception est sans doute trop restrictive. Jésus est, pour Matthieu, le Roi des Juifs ; l’échec de la prédication à Israël n’a pas pour conséquence qu’Israël soit remplacé par un peuple aux frontières aussi précises que lui, surtout aux derniers temps. Le Royaume du Fils de l’homme semble alors se confondre avec les espaces du monde où le bon grain, aux temps eschatologiques, aura donné son fruit ; scandales et fils du Malin en seront ôtés pour que le Roi règne sans entraves. On n’est pas loin du peuple des Saints du Très-Haut dont parlait le prophète Daniel (7,27).

            C’est sans doute un sens proche de celui-ci qui permet de comprendre la question de la mère de Jacques et de Jean (Matthieu 20,21) : la femme pressent que la mission de Jésus met progressivement en place un Royaume où il fera bon vivre et où les meilleures places seront auprès du souverain. Elle n’a simplement pas mesuré le chemin à parcourir pour y pénétrer.